Chapitre it
les belles étoffes que ne pourraient décemment porter les trois convives. Qu'elles sont d'ailleurs gentilles ces deux fillettes Lien pomponnées qui jouent, au premier plan, avec un chien et dont le frère en tient un autre dans ses bras. Tout cela, pas plus que la riche vaisselle et les architectures, n'a de rapport avec le sujet ni avec l'auberge de village du récit évangélique ; mais Titien n'a sans doute point prétendu faire œuvre de piété : le sujet lui aura été imposé, et il aura donné libre carrière à son imagination picturale sans se soucier aucunement des convenances morales,
Yoilà^ dans toute leur opposition, les idéals que poursuivent les divers artistes ; mais tout cela ne nous dit point quelle est, au fond, la nature de l'idéal. Ecoutons ce qu'en dit Cousin : « L'idéal ne réside ni dans un individu ni dans une collection d'individus. La nature ou l'expérience nous fournit l'occasion de le concevoir, mais il en est essentiellement distinct. Pour qui l'a une fois conçu, toutes les figures naturelles, si belles qu'elles puissent être, ne sont que des simulacres d'une beauté supérieure qu'elles ne réalisent point. Donnez-moi une belle action, j'en imaginerai une encore plus belle. L'Apollon lui-même admet plus d'une critique. L'idéal recule sans cesse à mesure qu'on en approche davantage. Son dernier terme est dans l'infini, c'est-à-dire en Dieu ; ou pour mieux parler^ le vrai et absolu idéal n'est autre que Dieu même » \
Osons dire qu'il y a là beaucoup de vrai, mais hàtonsnous d'ajouter que le point le plus délicat du problème est simplement escamoté. Voilà un idéal qui fuit toujours et se soustrait aux poursuites de l'artiste : c'est un fait d'expérience que confirmeront surtout les plus grands maîtres. Cet idéal est en Dieu, nous le voulons bien encore, vieux disciple de Malebranche que nous sommes; mais l'idée du triangle y est aussi, l'idée de