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CHAPITRE III

L'ART ET LES MATHÉMATIQUES

Les sciences n'entrent dans une phase décisive de progrès que le jour où il devient possible de leur appliquer le nombre. On ne saurait prétendre qu'il en est de même des arts ; mais leurs théories constituent de véritables sciences auxquelles s'applique absolument la remarque précédente. Du reste, il ne faudrait pas croire qu'il ait été besoin de faire violence aux arts pour y introduire les nombres ; ceux-ci y ont fait irruption d'eux-mêmes, et les théoriciens n'ont eu, tout d'abord, qu'à constater le rôle capital et manifeste qu'ils jouent dans certains d'entre eux. Cette affinité naturelle entre les arts et la science des nombres apparaît, d'ailleurs, d'une façon singulière ment frappante quand on suit révolution qui, partant des faits de la vie courante, conduit progressivement aux arts proprement dits.

Herbert Spencer, dans ses Premiers Principes, a donné une longue énumération de mouvements rythmiques dans les phénomènes naturels; toutefois, M. Souriau remarque justement, à cette occasion, que dans la plupart de ces phénomènes il n'y a aucun rythme perceptible, par suite de la superposition de mouvements rythmiques simples, non coordonnés. Mais le rythme apparaît comme beaucoup plus général quand de la nature purement mécanique on passe à la nature organique : il est la loi générale de nos mouvements musculaires, lorsque rien ne vient les troubler. N'est-ce pas lui qui permet ces étonnantes mesures du temps grâce auxquelles tant de gens peuvent s'éveiller à une

l'art et les mathématiques

heure désignée et celles que mettent en évidence bien des expériences d'hypnotisme ?

Il y a donc, au fond de notre nature organique, une tendance profonde au rythme ; mais notre volonté intervenant dans nos mouvements agit presque toujours comme un élément perturbateur. Aussi, dans notre vie active, le rythme disparait-il en grande partie de nos mouvements, et sa réintégration fera-t-elle Tobjet d'un art spécial, celui de la danse.

Mais nous ne nous arrêterons pas sur les mouvements généraux du corps, et nous considérerons spécialement ceux qui produisent les sons émis par nos organes vocaux.

Tout le monde sait que la musique repose sur l'emploi de sons émis à des intervalles de temps réglés par le rythme et la mesure et séparés eux-mêmes, sur l'échelle acoustique, par des intervalles strictement déterminés. Mais ce qu'on sait moins, c'est que la parole, au fur et à mesure qu'elle passe de la conversation courante à une forme plus esthétique, celle du discours, tend de plus en plus à revêtir les caractères objectifs de la musique.

M. l'abbé Thiéry, directeur du laboratoire de psychologie expérimentale de Louvain, a fait sur ce sujet des observations fort curieuses \ Ayant remarqué que la principale difficulté s'opposant à ce qu'on puisse identifier une émission de son parlé avec une note de la gamme paraissait tenir à la trop courte durée de cette émission, cet expérimentateur a eu l'idée de compléter les procédés phonographiques déjà employés en prolongeant à volonté la durée de la syllabe ou des syllabes à observer. On sait que le rouleau de cire impressionné présente une hélice plus ou moins profonde aux divers points selon les sons émis, et que l'on reproduit ces

1. Le tonal de la parole, dans la Revue néo-scolastique d'août et novembre 1900 et de février et août 4901. Voir aussi le résumé de la communication du même auteur au (jongrès de psychologie de 1900, p. 179 du compte-rendu.

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