‹ Etudes esthetiquesChapitre 45 sur 174 · CHAPITRE id · texte numérisé non relu

CHAPITRE id

sons en faisant parcourir cette hélice par un style, grâce à une rotation du cylindre et à un mouvement du style dans un plan passant par Taxe du cylindre. En supprimant la translation du chariot portant le style, on oblige celui-ci à parcourir toujours la même spire, sur laquelle on pourra avoir inscrit le nombre de syllabes qu'on désire, en réglant convenablement la vitesse du phonographe à l'inscription.

Sans entrer dans plus de détails sur les procédés d'expérimentation, résumons les résultats obtenus, qui confirment, en les précisant, maintes appréciations émises antérieurement sans vérification rigoureuse. La parole présente tous les caractères essentiels de la musique, notamment la relation de tous les sons à une tonique ; mais elle se concilie avec une assez grande imprécision de cette tonique. D'une façon générale, en effet, dans la musique mélodiée, l'indication de la tonique est moins exclusive que dans la musique harmonisée : en un mot, la musique mélodiée tend à ne s'assujettir à aucune gamme ni à aucun mode ; une nouvelle tonique y est possible à chaque instant.

Les caractères musicaux de la parole subissent des variations intéressantes. Si, comme nous l'avons dit, le rythme est au fond de notre nature organique, on peut prévoir que les peuples primitifs et les enfants auront un langage plus musical que l'adulte civilisé. Chez celui-ci tout est sacrifié à la clarté de la parole et par suite à la nécessité de bien articuler ; cela oblige à tenir la bouche beaucoup moins grande ouverte que ne l'exigerait une émission vraiment musicale des sons ; en même temps, le caractère expressif étant relégué au second plan par la signification des mots, les intervalles entre les divers sons se renferment dans des limites très étroites : l'éducation même apprend systématiquement à refréner l'expression des émotions. Que si celles-ci deviennent trop fortes, alors le langage reviendra tout naturellement à ses origines physiologiques et reprendra un caractère plus nettement musical.

L^ART ET LÈS MATHÉMATIQUES

Les orateurs, qui doivent charmer et émouvoir, fourniront un autre exemple du même mouvement, mais ici il prend un caractère plus systématique, et le langag-e tend très nettement à revêtir une forme musicale.

Nous devons d'ailleurs faire une remarque : des deux éléments musicaux de la parole, le rythme et la tonalité des sons, le premier peut se développer librement sans que la parole perde son caractère essentiel, tandis que le second ne peut dépasser certaines limites sans que la parole se transforme en chant. 11 convient donc d'étudier d'abord le rythme.

On doit bien distinguer celui-ci de la mesure qui, constituée par une succession de temps forts et de temps faibles, est la loi régulatrice de la musique classique, mais n'a aucun caractère de nécessité. Le rythme est plus général et consiste simplement dans une division méthodique du temps que remplit un discours ou une composition musicale. Cette ressemblance, ou cette identité, à ce point de vue, du langage et de la musique^ ressort bien dans cette énonciation de M. Combarieu : (( L'œuvre musicale où le rythme est réalisé d'une façon complète ressemble au discours littéraire, en ce sens que la suite des sons y est comme jalonnée par certains arrêts qui sont, pour le chanteur ou l'instrumentiste, ce que les virgules et les points sont pour l'orateur. Elle ressemble plus exactement au poème en vers et, en particulier, au poème lyrique, c'est-à-dire au poème à formes fixes, parce qu'elle se compose de parties généralement soumises à des retours réguliers » \

Pour cet auteur, il n'est possible d'approfondir la question du rythme musical que par l'analyse de toutes les poésies lyriques, venant compléter celle des compositions musicales de l'antiquité et des temps modernes. Mais il borne le champ de ses investigations à la musique classique, où le rythme s'affirme plus que

Page 1