CHAPITRE II
oratoire, celle-ci comprend deux parties, la première où la voix va crescendo et la seconde où elle va dirnimiendo ; la première partie est la protasis et la seconde Vapodosis. Quel que soit d'ailleurs le nombre des kôla, cette dernière n'en comprend jamais qu'un, tous les autres composant la phrase ascendante.
Au point de vue de renchaînement des périodes, on doit noter que la dernière note de l'une peut être la première de la suivante.
Enfin la poésie lyrique et la musique forment, avec les périodes, des groupes d'étendue méthodique, tandis que la poésie épique des anciens et la poésie tragique des modernes ne limitent les groupes de vers que pour répondre au sens littéraire.
Les chœurs de la tragédie grecque présentent généralement une suite de couples ou sijzygies^ comprenant régulièrement une strophe et une anti-strophe de composition analogue, tandis que la suite de systèmes ou la périkope àQ Pindare comprend généralement, en sus de la strophe et de l'anti-strophe, un système différent appelé de façon à former une triade. De même,
la musique vocale est toujours systématique, même quand son texte esi en prose.
Pour donner une idée un peu complète de la multiplicité des combinaisons mathématiques que comporte l'application de ces éléments du rythme lyrique ou musical, il nous faudrait suivre M. Çombarieu dans son étude des suites de Bach et de Haendel et de la sonate. Mais ce que nous avons dit suffît, croyons-nous, à faire entrevoir la richesse de ces combinaisons.
Si du vers antique nous passons au vers français, la différence apparaît grande, car nous n'avons plus cette rigoureuse distinction de longues et de brèves, avec leur rapport mathématique de 2 à 1. Dans ses Problèmes de V esthéAique contemporaine^ Guyau a critiqué d'une façon assez pénétrante ce qu'il y avait de trop inflexible dans la règle antique : « Les vraies syllabes brèves,
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dans une langue, dit-il, doivent être celles qui n'ont pas grande importance au point de vue de la pensée ; les syllabes longues doivent être celles sur lesquelles on veut insister en lisant ou en parlant ; mais il est un peu artificiel et conventionnel de fixer d'avance et pour toujours à chaque syllabe, indépendamment du sens, une longueur déterminée et mathématique » (p. 183). Remarquons d'ailleurs que la quantité prosodique devait se perdre d'autant plus rapidement, chez le peuple, que l'accent tonique tombait tantôt sur les longues et tantôt sur les brèves, ce qui donnait sans doute lieu à d'inimitables effets de rythme, mais n'en avait pas moins quelque chose d'anomal.
Un premier résultat de la perte de toute rigueur dans la durée des syllabes a été de rendre le rythme moins facilement perceptible, et telle est la raison d'être de la rime, pour laquelle les exigences se sont légitimement accrues en même temps que le vers moderne prenait plus de liberté. Cela ne signifie aucunement qu'elle puisse devenir l'élément prépondérant du vers, dont elle serait a Tunique harmonie », si l'on voulait en croire Théodore de Banville, qui emprunte cette formule à une poésie de Sainte-Beuve consacrée à la rime et dans laquelle celui-ci pouvait se permettre quelque exagération \ Si le rythme s'est assoupH^ ce n'est point pour disparaître, mais pour produire des effets plus variés et mieux se prêter à toutes les formes de la pensée : plus il a acquis de liberté et plus il est tenu de ne pas se trahir lui-même, en sorte que, si on lui donne un plus riche encadrement, il doit s'en montrer digne. Or la recherche exagérée de la rime riche conduit fatalement à un résultat diamétralement opposé.
Poussé par la logique de cette recherche^ de Banville en arrive à affectionner la rime calembour et à dédaigner, nous l'avons vu, complètement le rythme. « Qu'est-
1. Voir le Petit tîmité de poésie française de de Banville, n*^ III.