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CHAPITRE III

contracter de telle sorte que le vers ne comprenne que trois divisions. On a, dans ce cas, une forme dérivée instable, parce qu'il peut y avoir hésitation sur le caractère de l accent du milieu.

Si cet accent disparait, on aura un rythme stable, nettement ternaire^ où il n'y a place que pour dix-huit brèves, ce qui lui donne une grande rapidité. Cependant l'instabilité peut s'y introduire encore dans le cas où il sera possible d'admettre un accent rythmique supplémentaire ailleurs qu'au milieu du vers.

Eclairons cela par des exemples. Soit le vers :

Tous d'un côté ; de l'autre un seul ; tragique duel.

Suivant qu'on marquera ou non une pause au milieu, on aura les deux groupements :

et :

Il y a bien instabilité. Au contraire, la dernière coupe est seule possible pour cet autre vers, d'une forme nouvelle et stable :

Elle laissait, parmi la paille du grabat.

Nous serions bien porté à dire la même chose du vers suivant :

Pluie ou bourrasque, il faut qu'il sorte, il faut qu'il aille,

mais M. Theys admet qu'on peut en dériver la forme quaternaire :

1+3+4+4 On ne doit pas oublier que l'un des accents rythmiques reste dominant, l'autre pouvant s'affaiblir dans une très large mesure, en sorte qu'un rythme ternaire peut prendre l'aspect d'un rythme binaire, mais l'une des parties du vers comprenant quatre mesures et l'autre deux. C'est ce qui arrive dans le vers suivant :

Ce n'étaient plus des cœurs viyants, des gens de guerre,

L^\ÏIT ET LES MATHÉMATIQUES

qui se rythme naturellement 8 + 4, mais n'en présente pas moins un léger accent rythmique sur « plus ».

On a de même le rythme 4 + 8, avec léger accent rythmique sur « fers », dans le vers :

Le rocher sonne, ainsi que le fer dans la forge,

où, qu'on le remarque, il n'y a pas de commune mesure entre les nombres de syllabes des deux subdivisions de la seconde partie du vers.

11 nous semble que cette théorie fait bien comprendre toute l'importance de l'évolution consacrée par l'œuvre de Victor Hugo. A s'en tenir aux conceptions de Guyau et de Sully Prudhomme, il n'y a eu qu'un peu plus de variété dans le rythme des vers, tandis qu'il y aurait en réalité adoption d'un moyen d'expression très puissant par l'accélération du mouvement, grâce à la suppression de deux mesures dans chaque vers. C'est là, sans doute, un fait d'importance capitale et que nous parait bien confirmer Tétude de la poésie moderne. Est il besoin d'ajouter que, pour conserver tout son prix, ce système d'altération du rythme normal ne doit être employé qu'avec modération, sans quoi il perdrait sa valeur expressive : si l'état général d'émotion correspond à la forme rythmée, les altérations de celle-ci répondent aux crises d'émotion. C'est bien ce qu'avait senti Victor Hugo qui^ dit l'abbé Theys, « se conforme dans la plupart des cas aux formules des vers fondamentaux et accessoires d'expression passionnelle en usage au xvn^ siècle et depuis. Il ne les réforme pas : ne sont-elles pas les lois naturelles de l'expression poétique des mouvements de l'âme ? Il s'y conforme, mais il achève de fixer les formules dérivées et instables^, formules de transition, nouées par la routine, de laquelle il les dégage pour en faire des moyens d'expression des battements irréguliers de l'âme » \

1. Page 73. D'après M. Becq de Fouquières, dans les œuvres les plus

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