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CHAPITRE III

La présence de plusieurs relatifs dans un tableau donne lieu à des difficultés qu'il importe de bien comprendre. Pour éviter d'être trop abstrait, prenons le double tableau donnant le développement de deux relatifs, par exemple de 10 (ou 5) et de 14 (ou 7) :

5X 1= 5 ou 10 7X 1= 7 ou 44

5X3= 25 7XS=35 5X 7 = 35 7 X 7 = 49

5X41= 55 7 X 41 = 77 ou 381/2

5X13=65 ou 321/2 7x13=91 ou 451/2

5X45= 75 ou 37 4/2 7 x 15 = 105 ou 52 4/2

5X21=105 ou 52 1/2

La première particularité digne de remarque consiste dans la présence d'une même couleur dans les deux relatifs : c'est le phénomène de conjonction ; il apparaît, dans le tableau précédent, pour les nombres 35 et 105. Par le fait que ces couleurs n appartiennent en propre à aucun des deux relatifs, elles se trouvent émancipées, et, si on les emploie (ce que ne font guère les coloristes de premier ordre), il convient de les placer en dehors des plans affectés à chacun des relatifs.

Voici maintenant un fait beaucoup plus important : si nous employons simultanément 15 et 21 ou 45 et 63, nous aurons deux couleurs engendrant les relatifs de 3° (12^) ou de O*" \ en sorte que la perspective sera complètement troublée, deux couleurs sortant de leurs plans respectifs pour en former un troisième. C'est là ce que M. de Lescluze appelle une faute absolument grossière, une tache honteuse^ et comme il l'a particulièrement observée dans les peintures de Van Orley, il la désigne par le mot de Van Orleyisyne.

A première vue, on pourrait croire que tous les nombres obtenus en multipliant par un même nombre les bases des deux relatifs constituent le Van

1. Le relatif de 3e contient en effet 3 X 5 ou 15 et 3 X 7 ou 21 ; celui de Qe contient 9 X 5 ou 45 et 9 X ^ ou 63.

t^RT ET LES MATHÉMATIQUES

Orleyisme ; mais il y a exception pour les nombres formant conjonction. Si nous prenons, par exemple, 5x7 ou 35, formant conjonction avec 7x5, nous voyons qu'il donnerait naissance à un Van Orleyisme avec 7x7; mais il n'en est rien, car alors il n'engendre pas un nouveau relatif; il rentre dans le second, par le fait même qu'il s'agit d'un nombre pouvant former conjonction. Du même coup, nous voyons que les carrés et les cubes ne peuvent pas former Van Orleyisme. Gomme, en même temps, ils ne peuvent former conjonction, leur emploi présente une sécurité particulière.

Les plus grands peintres ont commis parfois des van orleyismes, et M. de Lescluze, analysant la Purification de Memling, qui est à l'hôpital Saint-Jean de Bruges, est amené à reconnaître que cet admirable maître y a commis une faute contre la grande loi du coloris, et il ajoute : « Ce n'est que par l'élévation de sa perspective que Memling échappe aux conséquences du prolongement ^ » (ce dernier mot désignait primitivement, sous la plume de M. de Lescluze, ce à quoi Van Orley a depuis donné son nom). A titre de vérification du désordre que jette dans la perspective le défaut caractéristique de ce peintre, nous citerons sa toile célèbre du musée de Bruxelles, les Epreuves de Job, qui, selon Fromentin, le révèle comme un peintre hors ligne ; nous ne contesterons point cette assertion de l'auteur des Maîtres (rautrefois, mais nous constaterons que la perspective de ce tableau est à peu près indéchiiïrable : M. de Lescluze devrait bien donner, dans sa prochaine publication, une analyse détaillée

1. Notons cette appréciation sur le grand peintre de Bruges : (( Memling a un caractère spécial. Inventeur de coloris et le plus inépuisable des coloristes, ils ne se recopie pas lui-même à chaque toile. Chacune de ses toiles joue une mélodie nouvelle et la perte d'une seule, comme lors du bombardement de Strasbourg, devient irréparable ». Ajoutons que la gamme de Memling est la même que celle de Jordaens.

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