‹ Etudes esthetiquesChapitre 66 sur 174 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

côtés, leur somme algébrique ( — 40) et la différence finale (+ 32) sont rythmiques. Nous avons découpé des rectangles suivant les deux proportions et les avons soumis à plusieurs personnes, en leur demandant leur préférence : toutes se sont prononcées en faveur des proportions rythmiques.

L'application de la théorie aux couleurs est du plus haut intérêt, mais elle repose sur une distinction dont nous avons grand'peine à saisir la réalité, celle des couleurs-lumières et des couleurs-pigments. Il est bien évident qu'il existe entre elles certaines différences amplement expliquées par des considérations purement objectives : tel est le fait que le mélange des pigments tourne au noir, pour des raisons déjà vues, tandis que le mélange des lumières engendre une lumière qui tend vers le blanc. D'autre part, quand on opère sur des lumières, on a généralement des ondes se rapprochant beaucoup plus du monochromatisme qu'avec les pigments, mais lia distinction n'a rien de nécessaire, et il ne s'agit naturellement que d'appliquer à la lumière difiPusée par un pigment les lois que suit une couleurlumière de même composition, puisqu'il semble qu'elle en est une.

Quoi qu'il en soit, M. Ch. Henry, expérimentant sur un lavis lumineux exécuté sur un fond enduit de sulfure de zinc phosphorescent \ aurait vérifié d'une façon extrêmement nette l'applicabilité de ses nombres rythmiques aux nombres de vibrations des diverses couleurs, c'est-à-dire que les lois de l'harmonie des lumières seraient les mêmes que celles des sons. Pour les pigments, c'est-à-dire dans le cas le plus intéressant pour la pratique, M. Ch. Henry ne pose ses lois c]ue par l'intermédiaire de la projection des diverses couleurs sur un cercle, et cela d'après des considérations dont nous n'avons pu saisir la valeur avec une suffisante précision.

1. Voir Comptes-rendus de V Académie des sciences, 14 novembre 1892 et 18 mai 1896.

l'art et les mathématiques

Comme nous l'avons déjà dit, du reste, nous ne prétendons pas à autre chose qu'à donner une idée des travaux de M. Ch. Henry et à faciliter l'intelligence de ses conceptions fondamentales. Il serait bien à désirer qu'il s'efforçât de se mettre au niveau d'un plus grand nombre de lecteurs. On a pu voir avec quelle fréquence il nous a imposé l'humiliation de ne pas le comprendre.

Dans toutes ces tentatives de réduction des lois de la sensibilité à des, formules mathématiques, il y a incontestablement une grande part donnée à l'hypothèse ; mais les faits rigoureusement constatés suffisent à montrer que Ton ne poursuit pas ainsi une chimère. La découverte de formules vraiment exactes ne bouleverserait certainement pas les arts et laisserait d'autre part toute sa suprématie au génie artistique ; mais outre qu'elle serait une satisfaction pour l'intelligence, elle donnerait une base de plus en plus sérieuse à l'instruction technique dont, sauf de rares exceptions, un artiste ne saurait se passer sans de graves inconvénients.

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