Mecherche de la vérité, livre I, cliap.XVIU
LA SUGGESTION DANS l'aRT
assez complexes, au nombre desquels figure la contagion des émotions qui nous occupe particulièrement en ce moment. Nous trouvons aussi dans Malebranche la constatation de la facilité avec laquelle nous interprétons les signes des émotions sans en avoir fait d'étude spéciale et par conséquent sans avoir, à proprement parler, la connaissance de ces signes. « Les peintres qui veulent exprimer les passions, dit-il, se trouvent bien embarrassés; ils prennent souvent un air ou une grimace pour un autre. Mais lorsqu'un homme est animé de quelque passion, tous ceux qui le regardent le remarquent bien, quoiqu'ils ne remarquent peut-être point si ses lèvres se haussent ou se baissent, si son nez s'allonge ou se retire, si ses yeux s'ouvrent ou se ferment » \
La façon, dont s'opère ce phénomène peut, sans doute, être entrevue : « Quand je veux savoir, dit Edgar Poë, cité par M. Souriau, jusqu'à quel point quelqu'un est circonspect ou stupide, jusqu'à quel point il est bon ou méchant ou quelles sont actuellement ses pensées, je compose mon visage d'après le sien aussi exactement que possible, et j'attends alors pour savoir quelles pensées ou quels sentiments naîtront dans mon esprit ou dans mon cœur comme pour s'appareiller et correspondre avec ma physionomie ' ». Cette imitation systématique n'est point assurément le fait de celui qui contemple une œuvre d'art, mais ici intervient un instinct d'imitation bien mis en lumière par M. Couturat, dans un article de la Revue philosophique ^ a Involontairement^ dit-il, souvent inconsciemment, notre attitude et notre physionomie copient l'extérieur des personnes qui nous entourent ; nous parlons tout bas avec l'orateur ou l'acteur et nous sentons dans nos membres de sourdes impulsions qui nous portent à répéter ses gestes... Nous