CHAPITRE IV
travaux : la distinction entre rémotion-choc et Fémotioiisentiment, faute de laquelle les plus graves malentendus sont inévitables. « Spencer, par exemple, conçoit toutes les émotions sous la forme d'un choc, d'une décharge nerveuse, et ne parait pas voir que la joie et la tristesse peuvent se manifester aussi bien sous la forme chronique d'une manière d'être^ d'un état, que sous la forme aiguë d'un choc émotif. D'autre part, Lange n'étudie et n'analyse guère, sous le nom de joie et de tristesse, que des états permanents et néglige les réactions passagères, les chocs émotifs. Ce serait son droit s'il ne croyait pas embrasser le sujet tout entier de l'émotion et s'il n'essayait de réfuter, au nom de ses analyses, les lois formulées par Spencer pour la décharge nerveuse et le choc » (p. 6).
MM. Binet et Courtier ont bien précisé qu'ils n'étudiaient pas un état stable^ mais une réaction courte à une excitation brusque ; toutefois nous nous demandons s'ils n'ont pas ensuite été portés à étendre aux émotionssentiments les conclusions d'observations ne portant que sur des émotions-chocs.
Indépendamment d'ailleurs de cette distinction, il en est une autre d'une grande importance, celle qu'on doit faire entre les émotions normales et les émotions pathologiques, les premières apparaissant à la suite de phénomènes mentaux, tandis que les secondes sont incontestablement la suite de troubles physiologiques ^ Or les preuves de cette origine que donne le D"" Dumas sont toutes relatives à ces dernières ; pour en étendre les conclusions aux premières, il se borne à faire observer que, pour refuser cette extension, « il faudrait accorder
1. Quand nous traitons de pathologiques les émotions qui sont la suite des états physiologiques et de normales celles que produisent des phénomènes mentaux, nous adoptons pour la commodité du langage une classification trop simpliste, car les variations normales de notre organisme provoquent des variations également normales de îaotre état affectif.
LÀ SUGGESTION DANS l'arT
cette absurdité qu'un état affectif donné peut être... tantôt le résultat de certaines variations circulatoires et tantôt la cause des mêmes variations ». Dans l'article précité de la Revue des questions scientifiques^ nous avons contesté qu'on pût ainsi qualifier d'absurde l'hypothèse de cette réversibilité, ajoutant que sa réalité ou la vanité de son apparence constitue précisément le problème à résoudre. Le D' Dumas nous fournissait d'ailleurs lui-même un argument pour le combattre, car, dans sa thèse inaugurale sur Les états intellectuels dans la mélancolie^ où il soutenait déjà les théories de Lange, il admet des cas de réversibilité. Distinguant deux origines de la mélancolie, l'une intellectuelle et l'autre organique^ il constate dans l'une et l'autre des idées attristantes ; mais, dans le premier cas, l'idée a entraîné par association automatique des phénomènes de constriction auxquels correspond la cénesthésie mélancolique, tandis que, dans le second, la constriction est primitive et, si la mélancolie est accompagnée d'idées attristantes, ce n'est qu'en vertu d'une nécessité logique qui oblige le malade à se justifier à lui-même sa tristesse. Qui empêcherait, ajoutions-nous, de déclarer absurde ce cas de réversibilité ?
M. le D^' Dumas a bien voulu nous répondre dans sa thèse de doctorat ès-lettres. Pour lui, les deux cas de réversibilité sont bien différents. Dans celui qu'il admet, ridée agit comme cause épuisante pour déterminer la douleur et, d'autre part, la douleur ^^eut évoquer des idées tristes qui entretiendront l'épuisement : c'est là, dit-il, un exemple du cercle vicieux si souvent constaté dans les sciences de la vie.
Le fait est usuel sans doute, mais que prouve-t-il ? On nous montre bien qu'une représentation attristante est accompagnée de parésie cérébrale ou d'épuisement des fonctions d'association ; mais ce qu'il faudrait faire voir, pour supprimer la réversibilité analogue à celle qu'on trouve absurde, c'est que tout le mécanisme cérébral