‹ Etudes esthetiquesChapitre 79 sur 174 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

fonctionne sous l'influence de Texcitant qui a provoqué la représentation attristante sans que cette représentation influe sur elle : alors on retomberait dans le système des représentations épipliénomènes, et il ne serait plus question de réversibilité. Hors de là on ne peut y échapper, en un point ou en un autre. M. Dumas reconnaît d'ailleurs à quel point son extension aux émotions normales des faits établis pour les émotions morbides est faite sans preuve expérimentale : au début de sa thèse de doctorat, il invoque le fait qu'il est bien difficile de distinguer les unes des autres, et nous le voyons plus tard, à propos de la ditîérence entre l'excitation agréable et l'excitation pénible, déclarer que, faute d'observations, il est obligé de conclure du morbide au normal \

En résumé, la question nous parait toujours ouverte ; mais il ne nous semble pas sans intérêt de chercher à en préciser la vraie nature et à examiner quelle influence la théorie de William James et de Lange peut avoir sur le problème de la suggestion dans l'art.

M. Ribot, dans son livre si intéressant sur la Psychologie des sentwients^ déclare que cette théorie est (( l'essai d'explication le plus vraisemblable pour ceux qui ne se représentent pas les émotions comme des entités psychologiques » ; mais il ajoute aussitôt : « Le seul point par où je ditfère de ces auteurs est relatif à la position de la thèse, non à son fonds » (p. 11.2). Ce qu'il leur reproche, c'est de se placer, inconsciemment

1. Page 332. M. Rauh, dans son ouvrage sur la Méthode dans la psychologie des sentiments, se prononce, comme nous, pour la réversibilité ou réciprocité des causes et des effets et repousse la conclusion de l'état morbide à l'état normal (p. 437 à 441j. Au D'" Sollier, qui fait valoir l'abolition de l'émotion par celle de la sensibilité viscérale, il demande ce qu'il tirerait du plus grand matbémaiicien privé de cette sensibilité et s'il serait possible de conclure que l'intelligence des mathématiques est due uniquement aux mouvements viscéraux. Entîn au Dr Berkeley, de Baltimore, il emprunte l'exemple d'une femme privée du sens de la douleur, de la pression, de l'équilibre, etc.; et qui restait sensible aux émotions.

LÀ StGGÈStlON DANS l'aRT

DU non, au point de vue dualiste^ tout comme Topinion courante qu'ils combattent. Pour l'éminent professeur du Collège de France, il y aurait un grand avantage à éliminer de la question toute notion de cause et d'effet, tout rapport de causalité^ et à substituer à la position dualiste une conception unitaire et monistique. « La formule aristotélicienne de la matière et de la forme, dit-il^ me paraîtrait mieux convenir, en entendant par matière les faits somatiques, par forme l'état psychique correspondant, les deux termes n'existant d'ailleurs que l'un par l'autre et n'étant séparables que par abstraction ». Bref, phénomène physiologique et phénomène psychique « sont un seul et même événement traduit dans deux langues » : c'est, on le voit, la doctrine du phénomène à double face, qui fut si chère à Taine. D'accord avec M. Binet \ nous croyons que cette interprétation de la théorie de James-Lange en constitue une véritable négation : au fond, la doctrine de M. Ribot est celle de l'épiphénoménisme, car s'il parait parfois tenir la balance égale entre les deux traductions, il en est une à laquelle il ne peut s'empêcher d'attacher plus d'importance, la traduction physique, parce que c'est elle qui ne fait jamais défaut, tandis que l'autre parait et disparait de façon à ne point donner un ensemble complet.

Mais il nous semble que, toute discussion sur le phénomène à double face et sur l'épiphénomène mise à part, M. Ribot commet une erreur : « les mouvements de la face et du corps, les troubles vaso-moteurs, respiratoires, sécrétoires », pour employer ses expressions mêmes, ne sauraient être considérés comme la traduction physique du même événement dont l'émotion est la traduction psychique, attendu que c'est à un phénomène cérébral qu'est lié directement le fait de conscience : c'est donc celui-ci seul qui peut constituer avec l'émo-

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