‹ Etudes esthetiquesChapitre 8 sur 174 · Essai critique sur V Esthétique de Kant, p. 21o · texte numérisé non relu

Essai critique sur V Esthétique de Kant, p. 21o

LE BEAU ET LE LAID

« Le laid n'a aucune réalité objective et n'existe que dans la sensibilité. Tout objet fini participe de l'être jusqu'à un certain point, et comme tel il a un certain degré de perfection qui le rend capable d'affecter agréablement une sensibilité et de mériter d'être appelé beau ; mais, par contre, il lui manque forcément bien des perfections, et ce défaut d'être l'expose à affecter péniblement une sensibilité et à se faire accuser de laideur. Il n'y a donc point d'objet laid en soi, et le Hottentot est dans son droit quand il admire sa Vénus, J'admets fort bien qu'elle est moins parfaite que la Vénus grecque ; tant au point de vue des fonctions animales qu'à celui du développement apparent des facultés intellectuelles et morales; j'admets encore que l'Européen, n'y trouvant pas ce qu'il se croit en droit d^exiger de l'être humain, éprouve à sa vue une impression pénible. Mais le Hottentot peut de son côté être choqué, par exemple, de la pâleur de la Vénus grecque, qui ne lui semble pas compatible avec une bonne santé^ ; tout en elle l'étonnera, il ne la comprendra pas, et peutêtre l'impression dominante qu'elle produira en lui sera-t-elle désagréable. V^oulez-vous un autre exemple? Connaissez-vous beaucoup d'animaux aussi agiles, adroits et îïitelligents que les singes ? et pourtant que de gens les trouvent laids! C'est que le singe, si vous me permettez ce jeu de mot, singe l'homme : alors nous exigeons de lui ce que nous exigeons de l'homme luimême, et, comme nous ne Ty trouvons pas, notre sensibilité se plaint

C'est avec bonheur que nous avons retrouvé cette pensée, assurément mieux exprimée, sous la plume de notre grand poète philosophe, Sully Prudhomme : « En général, dit-il, une bête ne nous parait laide que par notre invincible propension à y chercher quelque

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