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CHAPITRE IV

éprouvées par divers individus \ Or il nous semble que les faits confirment bien cette conséquence de notre hypothèse ; mais il nous reste à examiner si une étude physiologique un peu détaillée la confirme aussi, ou au contraire oblige à l'abandonner.

Les nerfs optiques et les nerfs acoustiques^ qui constituent les deux grandes catégories de nerfs esthétiques^ apparaissent dès l'abord comme étant dans des conditions fort différentes pour exercer des actions réflexes sur l'ensemble de l'organisme, les premiers aboutissant dans les pédoncules cérébraux, tandis que les seconds pénètrent dans la moelle allongée. Or celle-ci réunit en son sein un grand nombre d'origines nerveuses du plus haut intérêt ; citons d'abord simplement :

la troisième paire ou nerfs moteurs oculaires ;

la quatrième et la sixième paire, qui actionnent également des muscles de l'œil ;

la cinquième paire (trijumeau), fournissant des nerfs à la peau de la face et aux muscles de la mâchoire : c'est un nerf sensitif qui nous intéresse moins ;

la septième paire ou nerf facial, qui quitte la boite crânienne avec la huitième paire (nerf auditif) et commande tous les mouvements expressifs du visage ;

la neuvième paire (glosso -pharyngien), actionnant les muscles du pharynx ;

la dixième paire (nerf vague ou preumo-gastrique), qui fournit des filets nerveux aux poumons, au foie, à l'estomac, et est en rapport avec le cœur et avec la fonction vaso-motrice ;

la onzième paire (nerf spinal), qui agit sur la respiration et préside à la phonation ;

la douzième paire (grand hypoglosse), qui fournit des fdets aux muscles de la langue.

Parlant des „associa lions nerveuses existant à travers

1. Voir le chapitre consacré par M. Sully Prudhomme à l'expressioo en musique, dans son beau livre sur ^Expression dans les Beaux-AiHs (liv. III, cbap. IV).

LA SUGGESTION DANS l'arT

la moelle allongée, Wundt fait ressortir qu'une même voie sensorielle peut s'unir avec plusieurs centres réflexes, en sorte qu'on aperçoit immédiatement quelle puissante action le nerf auditif peut exercer sur les diverses expressions émotionnelles, mouvements des muscles oculaires et de la face, mouvements respiratoires et phonétiques, circulation du sang influencée par la double voie du cœur et du système artériel.

Si d'ailleurs on jette un coup d^œil sur la section transversale de la moelle allongée que donne Wundt \ on remarque que les filets du nerf auditif y sont à proximité immédiate de ceux du nerf vague ou pneumogastrique, qui agit sur le cœur et commande la fonction vaso-motrice : même à supposer que Lange et Claude Bernard aient exagéré le rôle de l'une et de l'autre dans les émotions, ce rôle est assurément considérable, et l'on peut prévoir combien les actions auditives sont en mesure de les provoquer par cette voie.

Il convient d'ajouter que les filets du nerf acoustique ne s'arrêtent pas dans la moelle allongée. Wundt admet que ce nerf possède au dessus du cervelet une voie ramifiée, cheminant dans les pédoncules cérébelleux supérieurs et allant à cette portion supérieure de l'écorce cérébrale d'où émane l'innervation motrice, qui commande les mouvements du corps ; le cervelet, déviant cette voie ramifiée sensorielle, établirait une relation se manifestant par l'adaptation involontaire de nos mouvements aux impressions auditives rythmiques \ 11 n'est pas besoin d'insister sur l'importance de ces mouvements.

Il a suffi d'appeler l'attention sur la portée des connexions entre le nerf acoustique et le pneumo-gastrique ; mais il convient d'insister sur celle des connexions avec le nerf spinal, en tant que commandant les mouvements

1. Eléments de psychologie physiologique, traduction Elie Rou. vier, tome I, page 132.

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