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CHAPITRE V

AFFINITÉS ET ASSOCIATIONS DES DIYERS ARTS

La théorie de M. Ch. Henry que nous avons brièvement résumée, à la fin du chapitre lit, a tout au moins cet avantage de bien exprimer Funité profonde des divers excitants esthétiques au point de vue de leurs effets sur notre sensibilité. Cette unité, qui se concilie avec une hétérogénéité pour ainsi dire absolue des sensations des divers ordres, explique les nombreuses coQiparaisons dont il est fait usage pour exprimer certaines affinités mystérieuses, comparaisons auxquelles on est d'autant plus enclin que le caractère principalement sensitif de ces phénomènes psychologiques s'oppose à une description intellectuelle des impressions ressenties : quand on désespère de rendre suffisamment TefTet produit par des excitants sensoriels d'un certain ordre, on le suggère en le rapprochant d'un effet analogue produit par des excitations d'un sens différent. C'est de là que sont sorties les comparaisons si fréquentes entre les sensations auditives et les sensations visuelles.

L'étude de ces comparaisons est de nature à piquer d'autant plus la curiosité qu'elle fait ressortir parfois de surprenantes oppositions entre les similitudes objectives et les similitudes subjectives; pour résoudre ces sortes d'antinomies, il semble qu'on doit s'adresser à la physiologie, puisque c'est notre corps qui sert d'intermédiaire entre les phénomènes physiques et les phénomènes psychologiques.

M. Sully Prudhomme a dressé, dans son livre déjà

Affinités et associations des divers arts

tant de fois cité par nous sur VExpression dans les Beaux-Arts^ un tableau systématique des affinités esthétiques entre les sensations lumineuses et les sensations acoustiques ; sans nous attacher à suivre le même ordre de discussion, nous ne pourrons que gagner à nous reporter souvent à cette étude si pénétrante \ Nous prendrons pour point de départ la distinction des trois éléments constitutifs de la peinture^ le dessin, la couleur et la valeur.

Que la musique se développe dans le temps, tandis que le dessin coordonne dans l'espace les vibrations lumineuses c'est un fait d'observation banale ; mais on a parfois donné des raisons bien peu satisfaisantes de cette différence, aussi croyons-nous devoir nous arrêter un peu sur le problème ainsi soulevé.

Pour le résoudre, nous rappellerons les conditions de la perception de l'étendue, par le toucher et par la vue, puis nous examinerons si le sens de l'ouïe peut réaliser ces conditions.

S'il est un résultat que l'on puisse, en dehors de toute théorie, considérer comme acquis grâce aux travaux de la psychologie expérimentale, c'est la nécessité du concours, pour la perception précise de l'étendue, des sensations musculaires avec les sensations tactiles ou visuelles. Wundt a pu soulever des protestations quand il a traduit la nécessité de ce concours en nommant synthèse psijchique la liaison des deux ordres de sensations^; mais cette nécessité n'en demeure pas moins indéniable. Les nativistes attribuent, il est vrai, un caractère spatial essentiel aux sensations visuelles et aux sensations cutanées ; mais ils ne peuvent contester sérieusement que, lorsqu'on les isole le plus complètement qu'il se peut, la perception de l'étendue se trouble

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