CHAPITRE V
bre de sons harmoniques » (p. 111 et 112). Il résulte de ce dernier passage que ce serait le timbre du son qui répondrait à la couleur. Il est vrai que, plus loin, Véron compare la couleur à un autre élément musical, mais cet élément n'est pas encore la hauteur du son. « On a souvent^ dit-il, comparé au dessin la mélodie qui dispose les sons et à la couleur l'harmonie qui les combine. Il y a là, en efFet^ une analogie frappante » * (p. 388). Nous retrouvons exactement les mêmes rapprochements dans l'ouvrage de M.Gauckler ^\xv le Beauet son histoire : (( Ce qui nous frappe d'abord dans le son, c'est le timbre,ce que les Allemands ont appelé sa couleur... L'harmonie enveloppe la mélodie du charme magique de la vie, comme la couleur prête au dessin l'animation et les apparences de la réalité » (p. 160 et 176).
De son côté, Taine,bien que très sobre de comparaisons entre les sons et les couleurs, est tombé dans une contradiction analogue à celle d'Eugène Véron. Il commence par poser la correspondance delà hauteur du son et de la couleur de la lumière : a Les tons ont leurs dissonances et leurs consonances, dit-il ; ils s'appellent ou s'excluent : l'orangé, le violet, le rouge, le vert et tous les autres, simples ou mélangés, forment ainsi, par leur proximité, comme les notes musicales par leur succession, une harmonie pleine et forte, ou âpre et rude, ou douce et molle ^ ». Mais^ ce principe posé, Taine le développe par des exemples, et le lecteur surpris s'aperçoit qu'il rapproche des notes de la gamme, non les différentes couleurs, mais les nuances variées d'une même couleur.
4. Objectivement, il y a cette différence entre le timbre et l'harmonie que le premier est un cas particulier de la seconde : c'est une harmonie où les nombres de vibrations des ondes superposées sont des multiples du nombre correspondant au son fondamental. Il en résulte que les ondulations composantes se combinent en une ondulation ne différant que par la forme de l'ondulation fondamentale, sa longueur restant sans changement.
2, Philosophie de l'Art, t. II, p, 390 et 391,
AFFINITÉS ET ASSOCIATIONS DES DIVERS ARTS
Nous poumons multiplier les exemples de telles contradictions, qui ont cet intérêt de faire ressortir la nécessité d'un examen très attentif.
Le fait des Allemands désignant le timbre des sons comme étant leur couleur est extrêmement significatif, car il y a là sans doute une appellation instinctive plutôt qu'une conception de théoriciens ; mais c'est à ceux-ci qu'il appartient de chercher Fexplication. Voici en quels termes le fait M. Sully Prudhomme :
« Il existe dans les divers sons que rend un même corps vibrant une qualité essentielle et la plus constante de toutes, celle qui persiste sous toutes les variations de hauteur et d'intensité que peut subir sa sonorité : c'est le timbre. Aussi est-ce par son timbre que chaque instrument de musique est surtout spécifié. Tandis qu'il y a des notes communes à tous les instruments, chacun d'eux a son timbre qui lui est exclusivement propre.
« De même il existe dans les diverses sensations visuelles une qualité qui est propre à chacune et persiste quand varient la quantité de la lumière reçue par le corps et la vivacité de sa coloration : c'est ce qu'on appelle précisément sa couleur,qualité qui spécifie sa relation essentielle et la plus constante avec le nerf optique. Ainsi un corps rouge, par exemple, reste coloré du même rouge, bien qu'il soit plus ou moins éclairé et que ce rouge soit plus ou moins vif, comme lorsqu'un aquarelliste délaie dans plus ou moins d'eau la couleur donnée par un même pain de vermillon. Cette couleur spécifique est pour l'œil la qualité qui correspond au timbre pour l'oreille » .
Sans insister sur ce qu'il y a de hasardé à dire qu'une couleur ne change pas avec le degré d'éclairement et celui de dilution \ nous objecterons que si l'on reconnaît une corde de violon à son timbre, quelque note qu'elle rende, une étoffe de soie se reconnaît aussi quelle que