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Chapitre v

distinctive du compositeur comme la palette personnifie liarmoniquement le peintre.

« La palette du peintre peut être déterminée par la qualité choisie pour le blanc et le noir. De même, le timbre harmonique de toute composition orchestrale semble déterminé par ce qu'on peut appeler le blanc et le noir du timbre orchestral.

« De composition éminemment variable suivant la tonique choisie, suivant les instruments qui entrent dans l'orchestre et suivant le degré relatif de leur utilisation, le blanc de timbre varie enfin pour chaque maître avec les instruments qu'il adopte ou qu'il rejette, et suivant l'importance relative qu'il donne à chacun d'eux.

(( Le blanc d'orchestre sera obtenu toutes les fois que les accords en présence s'équilibrent dans une impression finale d'accord parfait...

« Tout comme le blanc de palette ne peut jamais être définitivement et absolument neutre, et qu'il a une complémentaire, qu'on nomme la sensation noir e.^ de hauteur déterminée, tantôt rouge, ou jaune, ou bleue, suivant que le blanc manifeste une pointe de vert, de bleu ou de jaune, ainsi le noir orchestral est toujours un timbre sonnant. Le noir orchestral est le timbre complémentaire du blanc orchestral. Il peuple les silences de Torchestre comme les complémentaires de la teinte blanche remplissent spontanément les taches obscures du champ visuel » (pp. 380-382).

Ces quelques citations permettent d'apprécier combien les idées du D^ Nicati mériteraient d'être approfondies. Au fond nous serions fort heureux quelles fussent justes, car nous ne devons pas nous dissimuler que le refus de rapprocher les couleurs des hauteurs des sons, sans équivaloir à un rejet de la théorie si séduisante de Tabbé de Lescluze sur le coloris, constitue comme un' préjugé contre elle.

En outre nous avons toujours quelque peine à ne pas çroire à une correspondance entre les similitudes objec-

AFFINITÉS ET ASSOCIATIONS DES DIVERS ARTS

tives et les similitudes subjectives. Toutefois nous devons faire remarquer à ce sujet que le D^' Charpentier a formulé une théorie physiologique de la perception des couleurs qui établirait une correspondance étroite entre le timbre et la couleur. Essayons d'en donner brièvement une idée suffisante.

Le D'' Charpentier distingue trois fonctions de la rétine, la sensibilité lumineuse, la sensibilité chromatique et la sensibilité visuelle. La simple sensation de lumière exige un minimum d'éclairement; pour que s'opère la distinction de la couleur, un éclairement notablement plus fort est nécessaire. Le rapport entre ces deux éclairements varie et avec la réfrangibilité de la couleur et avec l'état d'adaptation de l'œil, surtout dans les parties périphériques de la rétine, dont la sensibilité à la perception blanche croit considérablement avec cette adaptation \

D'autre part, si l'on regarde de petits trous percés dans un écran noir, leur distinction exige plus de lumière que la simple sensation lumineuse, le rapport variant de 2 ou 3 jusqu'à 18 ou 20, selon l'état d'adaptation de l'œil. Mais, fait très curieux, le rapport entre les éclairements exigés par la vision nette et par la perception de la couleur des points ne varie qu'entre 1,80 et 1,93, suivant la couleur spectrale employée.

Le D^'Parinaud a conclu de ces faits que les éléments de la vision nette sont les mêmes que ceux de la perception des couleurs ^ ; mais le D'' Charpentier soulève quelques objections. 11 fait remarquer que la distribution de la sensibilité visuelle sur la rétine n'est pas la même que celle de la perception des couleurs, celle-ci décroissant régulièrement du centre à la périphérie, tandis que la sensibilité visuelle décroit beaucoup plus

1. Nous avons déjà reproduit (p. S8) le tableau donnant, d'après le Dr Charpentier, les rapports entre les intensités nécessaires pour provoquer, l'œil étant adapté à l'obscurité, la sensation incolore et la sensation de couleur bien définie.

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