‹ Etudes et appreciations. -- (volume 4)Chapitre 106 sur 173 · Lettre du 3 sept · texte numérisé non relu

Lettre du 3 sept

2. D’après le Pape, la société des nations, pour jouer un rôle équitable et bienfaisant, ne doit donc pas se restreindre à une ligue des peuples victorieux contre les peuples vaincus.

force des armes 1 ; — un sentiment de bienveillance et de fraternité chrétienne, sans chauvinisme, sans exclusivisme, doit se répandre sur tous les rapports internationaux.

Les pensées exprimées par Benoît XV sur l’organisation du corps fédéral des peuples, comportent également trois choses : — - la diminution simultanée et réciproque des armements ( sans préjudice du maintien de l’ordre en chaque Etat ), ce qui entraîne logiquement l’abolition de la conscription 2 ; — la substitution aux grandes armées de l’arbitrage obligatoire avec fonctions pacificatrices ; — des sanctions, surtout des sanctions de l’ordre économique, contre l’Etat qui se refuserait soit à soumettre les questions internationales à cet arbitrage, soit à en accepter les décisions.

Enfin le Pape, par lui-même, et par son secrétaire d’Etat, n’a pas craint de déterminer certaines conditions spéciales, qu’il estime très propres à favoriser le règne d’une paix durable, notamment :

1. D’après le Pape encore, ce n’est donc pas sur les seuls intérêts d’une coalition politique quelconque, sur la force prédominante d’aujourd’hui substituée à la force envahissante d’hier, que doit se mesurer et s’ajuster le droit international digne de ce nom. — Le président Poincaré, dans son discours d’ouverture du Congrès de la Paix, a dénoncé avec raison, d’une façon absolue, l’esprit d’impérialisme et de conquête.

2. On sait que Son Em. le cardinal Gasparri s’est exprimé là-dessus sans ambages : pour lui, la conscription est un fléau. Nous avons vu, par la citation faite au commencement de cet article, ce qu’en pensait Léon XIII.

l’union internationale

— la vraie liberté et la communauté des mers ; — - le règlement des questions politiques et territoriales d’après des principes où l’on tienne compte, dans une mesure juste et possible, des traditions religieuses et des aspirations nationales des peuples 1 ; — un statut réservant au peuple par voie de referendum, ou du moins au parlement, le droit de paix et de guerre 2.

Une ligue des nations organisée et fonctionnant d’après le programme du Pape, et que le Pape rehausserait de la majesté de son prestige et de son immense pouvoir moral, apporterait au monde d’inestimables garanties de sécurité 3.

1. L’Eglise assiste en plusieurs pays à une énorme poussée anticatholique, nous assistons nous-mêmes sur ce continent à une vaste campagne antifrançaise ; et si ces deux mouvements qui ne sont pas sans relations, devaient se poursuivre et surtout prévaloir, ils ne marqueraient pas précisément, dans cette fin de guerre, le triomphe du droit, ni la victoire de Dieu. — Les généreuses paroles prononcées par le président Poincaré en faveur des “ minorités ethniques et religieuses,” nous permettent d espérer en l’avenir.

2 Pour tout cela, voir principalement la Note du I ape aux chefs des peuples belligérants (1er août 1917), jet la Lettre de Son Em. le card Gasparri à l’Archevêque de Sens (7 oct. 1917).

3. La Civiltàcattolica (3 mai 1919) s’élève contre la politique de haine, de vengeance et de destruction qui, même après la signature de l’armistice, par la prolongation du blocus, a frappé avec une cruauté toute païenne les femmes et les enfants, et qui, par des visées impérialistes opposées à d’autres visées semblables, n’a abouti qu’à une “fictive société des nations.”

M. François Veuillot écrit de son côté ( Ad. cath., 26 mai 1919) .

Le meilleur gage et l’essentielle condition du règne de la justice et du maintien de la paix parmi les peuples, c’est, donc le progrès de la religion et le respect des saines libertés religieuses.

Rien ne saurait mieux servir le Congrès de la Paix, et l’œuvre de reconstruction sociale et internationale pour laquelle ce congrès siège, qu’une solution équitable donnée par les chefs d’Etat, à cette heure décisive de l’histoire de l’humanité, aux grands problèmes religieux qui troublent et empoisonnent la vie des nations.

“ Nous croyons qu’il n’est pas, en ce moment, d’œuvre à la fois plus haute, ni plus opportune, que cette Ligue apostolique des Nations dont un religieux belge, le P. Philippe, a pris l’initiative, et que le Pape a consacrée par l’approbation la plus pressante et la plus formelle. Cette Ligue porte le remède à la source du mal le plus pernicieux. Ce mal, c’est la Société des Nations, telle qu’on prétend la constituer. Mal pire que la guerre, nous n’hesitons pas à l’affirmer ! La guerre est un désordre effroyable, mais accidentel et exécré. La Société des Nations, telle qu’on veut l’organiser, c’est le désordre intégral et permanent, dissimulé sous les apparences de l’ordre. Car, remarquez ceci, iles gouvernants du monde ont commis cette erreur formidable et sacrilège de fonder, entre les nations, le règne de la justice et du droit, c’est-à-dire le règne du bien, comme si Dieu n’existait pas. C'est, par prétérition, la plus solennelle apostasie de la civilisation moderne. La Ligue apostolique a précisément pour but, ; contre nette impiété mondiale, de restaurer, dans la conscience humaine, la notion du Dieu souverain, du Dieu qui gouverne les peuples et la société, comme il régit les hommes.”

l’union internationale

On s’est battu pour 1a. liberté, pour le triomphe du droit. Le premier des droits, c’est celui que revendiquent les âmes et les peuples dans le culte du vrai Dieu. La première des libertés, c’est celle que réclament les titres divins du Rédempteur des hommes et de l'Eglise qu’il a fondée.

L’Eglise doit être libre, et elle doit l’être partout : au berceau où elle est née ; au foyer principal d’où rayonne son action ; au sein de tous les peuples parmi lesquels elle s’est établie.

La question de l’avenir et de la sécurité des Lieux Saints n’est pas la moindre que les derniers événements militaires aient fait surgir. Au lendemain même de la victoire de 1 armee anglaise sur l’armée turque, elle se posait comme sous un nuage. Ce nuage, depuis, ne s’est pas dissipé.

Dans une lettre au directeur de Y Irish Catholic (19 août 1918), Son Em. le cardinal Logue, après avoir relaté certains faits peu rassurants pour le catholicisme en Terre Sainte, ajoutait :

Ce fut une joie générale, lorsque les Lieux Saints de Palestine tombèrent aux mains des chrétiens. 11 serait déplorable que les catholiques, en Palestine et en Syrie, eussent à souhaiter le retour du régime tui c1.

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