‹ Etudes et appreciations. -- (volume 5)Chapitre 102 sur 137 · Ibid., p · texte numérisé non relu

Ibid., p

de respecter en eux les droits de la conscience, de les instruire de la vraie religion, et de leur en faciliter la pratique.

L’auteur de la “ Vie de Mlle LeBer ”, dans une note relative à Jacques LeBer, son père, fait remarquer combien ce pieux citoyen avait à cœur de rendre chrétiens ceux qui, privés du bienfait de la foi, s’attachaient au service de sa personne. Et il ajoute1 :

Ainsi voyons-nous qu’en 1694, un nègre natif de la Guinée, âgé d’environ trente-six ans, qui depuis deux ans servait M. LeBer, reçut solennellement le baptême, le jour du Samedi-Saint, et ensuite le sacrement de confirmation des mains de M. de Saint-Vallier qui se trouvait alors à Ville-Marie, et M. Pierre LeBer tint le néophyte sur les fonts sacrés, et lui donna le nom de Jacques LeBer, son père.

Ce fait, loin d’être isolé, tenait plutôt, croyonsnous, à un état d’âme général. C’est ce que l’on peut déduire des termes de la capitulation de Montréal où il est dit (art; 47) :

Les Nègres et Panis des deux sexes resteront en leur qualité d’esclaves en la possession des Français et Canadiens à qui ils appartiennent ; il leur sera libre de les garder à leur service dans la colonie ou de les vendre ; ils pourront aussi continuer à les faire élever dans la religion catholique.

1. L’ héroïne chrétienne du Canada ou Vie de Mlle LeBer, p. 313, (Ville-Marie, 1860).

Ces derniers mots indiquent une pratique commune suivie au Canada à l’égard des esclaves, et dont les catholiques, malgré le changement de régime, entendaient bien ne pas se désister.

Nous avons vu, par l’ordonnance de l’intendant Hocquart, que déjà sous le régime français “ plusieurs particuliers ” jugeaient bon d’affranchir leurs esclaves. Bien avant donc l’abolition légale de l’esclavage en ce pays, il y eut, et en assez grand nombre, des affranchissements volontaires. Cette libération se faisait parfois à l’occasion du mariage, librement consenti par les propriétaires, de leurs domestiques nègres ou panis. C’est ce qui eut lieu en 1763 pour un nègre et une négresse appartenant, l’un à Ignace Gamelin, l’autre à la baronne de Longueil. Ces deux esclaves s’étaient toujours montrés très dévoués à leurs maîtres, et en récompense de leurs travaux, ils eurent la joie de recevoir, le jour des épousailles, dans leur corbeille de noces, le don de la liberté1.

Qu’étaient, en réalité, ces travaux serviles ? Rien, certes, de ce qui jadis apitoyait les cœurs bien nés sur le sort et le malheur des esclaves. Monsieur Suite, dans le “ Bulletin des Recherches historiques ”, rapporte cette remarque d’un homme bien renseigné2 :

1. Bulletin des Recherches historiques, vol. vi, pp. 119-121.

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