E’ IM MACULEE DANS MOS ANNALES
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Depuis l’ouverture de l’année jubilaire destinée à commémorer, après cinquante ans, l’heureuse définition du dogme de l’immaculée Conception de la très sainte Vierge Marie, bien des articles ont été écrits, bien des sermons ont été prononcés sur cette matière. On a tour à tour entretenu les fidèles de la notion exacte de ce dogme, des preuves théologiques qui en démontrent la vérité, des hautes et solides raisons qui en marquent la convenance, puis des prodiges, des apparitions, des miracles, qui, à une date non encore éloignée de nous, sont venus si opportunément confirmer ces démonstrations et y apposer comme un sceau divin.
Sans doute, — et les catholiques ne craignent point d’en faire l’aveu, — l’immaculée Conception de Marie n’a pas toujours eu, aux yeux des fidèles, l’éclat vainqueur dont nous la voyons maintenant revêtue. Réellement et formellement révélée par Notre-Seigneur à ses apôtres, elle
1. La Nouvelle-France, déc. 1904. A l’occasion du cinquantième anniversaire de la définition de l’immaculée Conception.
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est d’abord apparue dans une clarté confuse, mêlant pour ainsi dire sa lumière à celle des autres dogmes, et sans avoir, pour tous les croyants, ces traits précis qui la font si bien concevoir aujourd’hui. Puis, à mesure que la raison chrétienne s’appliquait à mettre en tout leur jour les vérités de la foi, ce dogme, dégagé des premières ombres, est monté peu à peu comme un astre grandissant au firmament de l’Eglise. Pendant quelque temps peut-être, et alors que la terminologie mariale n’avait pu atteindre toute la précision de ses formules, certains malentendus, certains doutes, certaines hésitations, firent subir au grand privilège de la Vierge ce que j’appellerai une éclipse partielle. Mais ces nuages, soulevés contre une vérité si chère au peuple chrétien, n’eurent pour effet que de stimuler le zèle des docteurs à glorifier Marie, et à mieux montrer sa conception sans tache. Depuis trois cents ans surtout, la lumière s’et faite de plus en plus autour de cette prérogative glorieuse, et il était réservé au dernier siècle d’en voir éclater toute la splendeur.
En face de ce progrès de l’intelligence humaine dans la perception d’une vérité immuable, il est vrai, en son essence, mais soumise par quelque côté aux fluctuations de l’esprit, il est naturel de
se demander quel fut, à cet égard, l’état d’âme de nos pères, le sentiment des fondateurs de notre nationalité. Professaient-ils, comme nous, une foi ferme et définie en Marie conçue sans péché ? Ce dogme, déjà entré dans la pleine lumière des doctrines du vieux monde, laissa-t-il, dès l’aurore, tomber sur ce monde nouveau ses chastes rayons ? Et la Mère du Sauveur apparut-elle aux regards de ses premiers serviteurs canadiens dans tout son lustre très pur, et dans toute sa beauté virginale ?
Oui, nous hâterons-nous de répondre ; et c’est là pour notre pays un juste motif d’orgueil. La croyance en Marie Immaculée est un joyau précieux au front de notre Eglise née de la foi de Rome et du cœur de la France, et qui n’eut jamais, pendant toute son existence, d’ambition plus vive que de garder, transmettre et propager dans toute leur vérité, les doctrines du Christ et les enseignements de la Chaire de Saint-Pierre.
Reportons-nous, pour un instant, au berceau de la colonie.
Deux grandes figures se détachent sur le fond de nos origines, et nous apparaissent ceintes d’auréole : l’une rayonnante de tout l’éclat des vierges, l’autre resplendissante de toute la gloire des pontifes. On dirait deux astres allumés, par la main divine elle-même, au ciel de notre histoire, pour éclairer la marche du peuple canadien. Ces deux figures providentielles, c’est d’une part
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Marie de l’Incarnation, première supérieure des Ursulines, et de l’autre François de Montmorency-Laval, premier évêque de Québec.
Or, si nous ouvrons le “ Catéchisme ”, écrit par la mère Marie de l’Incarnation, et si nous parcourons ces pages à la fois si simples et si théologiques, nous sommes heureux d’y découvrir, touchant la conception de Marie, l’exacte notion que l’Eglise, plus de deux siècles après, devait fixer et promulguer solennellement. Déplorant les suites du péché d’Adam, et la forme originelle qui a fait de ce péché une faute commune à tous les hommes, la vénérable catéchiste se hâte d’ajouter “ que la Sainte Vierge n’est pas comprise dans cette généralité, mais qu’elle a été prévenue d’une faveur particulière qui l’a empêchée de contracter ce péché1. ”
D’un autre côté, ce n’est pas pour nous une moindre joie de surprendre sous la plume du premier évêque de la Nouvelle-France une doctrine identique. Parmi les actes officiels de Mgr de Laval2 se trouve la formule d’un vœu signé de son nom, et que lui-même, sans doute, en union avec les prêtres et les fidèles de son diocèse, se plaisait à faire tous les ans. Ce vœu a pour objet d’honorer Marie immaculée. On y promet à