Ibid., ch. ix, pp
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d’où venaient nos aïeux, mais bien comme une vérité pourvue des caractères d’ancienneté et d’universalité qui marquent les dogmes divins. Nos pères parlaient de Marie immaculée et de sa conception très chaste et très sainte, comme si ce privilège entrait naturellement et presque nécessairement dans la structure de la foi catholique. Or, quand un objet d’art s’étale harmonieusement sous nos yeux, quand une fresque, ou un marbre, ou un édifice, nous offre le spectacle de l’ensemble le plus parfait, nous vient-il à l’esprit d’attribeur cette œuvre à des auteurs différents ? Notre sens esthétique n’y reconnaît-il pas l’identité de plan et l’unité d’action, d’où sont sortis tous les éléments de l’objet que nous admirons ? Ainsi en est-il de l’immaculée Conception honorée par nos ancêtres. L’histoire doit y voir une pierre doctrinale encastrée, dès les premiers temps, dans l’édifice de notre foi, et qui accuse la même origine que le christianisme lui-même.
C’est une chose pleine d’intérêt, et aussi pleine d’utilité, que la vue du rayonnement de cette foi primitive en Marie Immaculée à travers toutes les phases et toutes les manifestations de notre vie religieuse et nationale.
Avant même que notre premier évêque eût mis pied en ce pays, le flot de la tradition, déferlant
PHILOSOPHIE ET RELIGION
sur nos rives, y avait déposé la croyance en Marie conçue sans péché. Dès 1636, le vœu que, trente ans après, Mgr de Laval, par sa parole et par son exemple, grava dans le cœur même de l’Eglise canadienne, s’exhalait de la poitrine enflammée des missionnaires comme un appel pressant à la Vierge miséricordieuse en faveur des pauvres sauvages qu’ils allaient évangéliser. Ils disaient :
Recevez, 6 reine sacrée, ô reine immaculée des anges et des hommes, sous votre sainte protection, ces peuples désolés et abandonnés que nous vous présentons par les mains de votre glorieux époux et de vos fidèles serviteurs saint Ignace et saint François-Xavier, et de tous les anges gardiens et protecteurs de ces lieux, pour les offrir à votre bien-aimé Fils1.
On le voit, c’est sous la garde de Marie Immaculée que les premiers apôtres canadiens s’en allaient à la conquête des âmes. C’est en son nom, inséparable de celui de Jésus, qu’ils soumettaient à l’empire de la foi ces contrées jusque-là sujettes au joug ignominieux de Satan. L’histoire nous apprend que la première bourgade fondée par eux chez les Hurons, au pays des grands lacs, reçut pour patronne la Vierge Marie sous le titre d’immaculée2.
1. Vœu cité plus haut. Toutes les missions du Canada avaient été solennellement consacrées à l’immaculée Conception, le 8 décembre 1635.
2. L’abbé Lindsay, Notre-Dame de Lorette en la Nouvelle- France, p. 25.
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Le Père Garnier, martyrisé par les Iroquois, avait fait vœu de défendre jusqu’à son dernier soupir le dogme de l’immaculée Conception. Ce fut le 7 décembre, veille de la fête de Marie, qu’il conquit la palme du martyre. Le découvreur du Misissipi, le Père Marquette, donna à ce fleuve le nom de Celle dont la conception sans tache nous vaut des fleuves de grâces.
Pendant que nos missionnaires promenaient ainsi, à travers des régions païennes, l’étendard où la foi a inscrit le plus beau triomphe remporté par une créature sur la puissance de Satan, l’église paroissiale de Québec, devenue l’auguste basilique d’aujourd’hui, préludait à ses gloires futures en se faisant le théâtre du culte des fidèles pour la Vierge sans péché. Dès sa construction, cette église avait été dédiée à Notre-Dame sous le vocable de sa Conception très pure, et Mgr de Laval, dans l’acte d’érection de la confrérie du Scapulaire, en 1665, rappelait expressément ce titre d’honneur1. N’est-ce pas à ce fait, et aux faveurs singulières d’une patronne si sainte, que la parole doctrinale de nos Evêques doit sa haute pureté et sa constante orthodoxie ? Depuis deux siècles et demi, le regard -de l’immaculée plane avec amour sur le trône épiscopal de notre ville ; et tout ce qu’il y a d’éclat, de ma-