Mand. des Evêques de Québec, vol. i, p
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jesté douce et de bonté pénétrante dans. le regard d’une reine, n’est rien en comparaison du charme irrésistible exercé par cette Souveraine de la terre et des deux sur les grandes âmes et les esprits d’élite qui se sont succédé dans le gouvernement de l’Eglise métropolitaine du Canada.
A Marie donc, et à Marie immaculée, après Dieu, cette Eglise est redevable du maintien de sa foi et de la vérité de sa doctrine. N’est-ce pas à elle encore que l’éducation doit, parmi nous, une grande partie de ses progrès ?
Il existe au séminaire de Québec une pieuse coutume, aussi ancienne que cette maison. Tous les ans, dans l’octave de l’immaculée Conception, les directeurs du Séminaire s’engagent par vœu à honorer spécialement l’insigne privilège de la Vierge sans souillure, et consacrent à la Mère de Dieu leurs études et leurs travaux. Chaque année donc les hommes qui, depuis nos origines, ont eu la mission d’instruire et de former la jeunesse canadienne, se sont agenouillés aux pieds de Marie Immaculée. Chaque année, par dévotion, et pour glorifier son nom béni, ils lui ont fait hommage de leur savoir et de leur zèle. Chaque année, ils ont appelé sur les jeunes âmes confiées à leurs soins ses plus abondantes bénédictions. Et chaque année aussi, on me permettra de l’ajouter, celle qu’on n’invoqua jamais en vain, leur est apparue du haut du ciel, soute-
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nant leur courage, bénissant leurs entreprises, fécondant leur apostolat, et assurant à l’œuvre du Séminaire ces accroissements et ces succès qui lui ont permis de répondre à l’attente du pays, de s’épanouir un jour en une institution plus vaste, et d’atteindre jusqu’aux plus hauts sommets de l’enseignement religieux, scientifique et littéraire.
Il n’est certes pas téméraire d’affirmer que l’Université Laval, créée d’ailleurs et organisée à l’époque même de la promulgation du dogme de l’immaculée Conception, a été dans son ensemble l’œuvre de Marie Immaculée. Et voilà pourquoi, sans doute, la fête du 8 décembre, si glorieuse pour cette divine Mère, fut choisie dès le principe, par les fondateurs de l’Université, comme la fête patronale de cette institution.
Un grand saint a dit du beau pays de France que c’était le royaume préféré de Marie : regnurn Galliœ regnum Mariœ ; et si ce saint eût vécu il y a cinquante ans, et s’il eût pu être témoin des prodigieuses apparitions de Lourdes, il aurait, croyons-nous, ajouté : Mariœ immaculatœ. Eh bien! nous sommes les fils de ce pays de grâces, de cette France privilégiée qui a vu Marie descendre de son trône céleste et poser son pied virginal sur les roches Massabielle, qui l’a en-
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tendue se nommer elle-même, non pas seulement la Vierge conçue sans péché, mais en termes plus absolus “ l’Immaculée-Conception. ” Estil étonnant que notre patrie, au matin même de son existence, ait été vouée à cette Reine du ciel, et que l’auguste patronage de la Mère du Sauveur soit lié si intimement à toute notre histoire ?
Sans insister sur le nom de Ville-Marie donné à l’humble bourg qui allait devenir l’une des cités les plus florissantes de l’Amérique, sans entrer dans le détail des faveurs sans nombre que la Vierge Immaculée s’est, plu à nous prodiguer, je ne puis passer sous silence quelques marques plus visibles de son intervention. Qui ne sait qu’en 1690, alors que l’amiral anglais Phipps sommait si fièrement Québec de se rendre, les Canadiens se réfugièrent sous la bannière de Marie, et que cette confiance toute filiale les sauva ? Qui ne sait que, vingt ans plus tard, les vaisseaux d’un autre amiral, chargé lui aussi de prendre Québec, se perdirent dans le golfe au milieu des brumes, et que le peuple n’eut qu’une voix pour attribuer à. sa grande et puissante Protectrice le bienfait, de cette dispersion ?
De là le culte marial si vif et si vrai dont notre sanctuaire de Notre-Dame des Victoires n’a cessé d’être le théâtre. De là les fréquents appels faits par nos évêques, dan^ les moments
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les plus critiques de notre vie nationale, à la puissance et à la bonté de l’immaculée Vierge, patronne de ce sanctuaire. En honorant Notre- Dame des Victoires, on honorait par là même la femme prédestinée qui, suivant l’antique promesse, écrasa dans sa conception la tête du serpent, et qui tient de ce triomphe le pouvoir admirable qu’elle exerce dans le domaine des corps et dans l’empire des âmes.
Aussi lorsque, en 1849, à la demande du Pape, l’archevêque de Québec institua dans son diocèse une enquête sur le sentiment du clergé et des fidèles à l’égard de l’immaculée Conception de la très Sainte Vierge Marie, les réponses qui affluèrent firent éclater à tous les regards l’universelle croyance du peuple canadien en Marie conçue sans péché. Et le jour où cette croyance reçut enfin de la bouche- de Pie IX sa sanction et le sceau de l’infaillibilité, ce fut au Canada une explosion de joie et d’amour, et l’on assista aux démonstrations les plus enthousiastes d’une foi longtemps contenue, et rompant le voile discret qui l’avait jusque-là enveloppée. Untriduum public, rehaussé par toute la pompe des rites sacrés et par l’éloquence des panégyristes de la Vierge Immaculée, fit monter vers le ciel les congratulations pieuses, les acclamations et les actions de grâces de cette Eglise de Québec pour laquelle Marie n’eut toujours que des tendresses de mère.
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Le souvenir de ces fêtes, à cinquante ans de distance, nous touche et nous réjouit. Il ne doit pas être pour nous un écho vide de sens.
.A mesure que le temps marche et dérobe à la matière ses secrets, et que la perversité humaine, abusant de ces progrès, multiplie avec un art subtil ses séductions et ses dangers ; et à mesure que les âmes, plongées dans cet air malsain, ressentent plus vivement les atteintes de la corruption et du plaisir, le culte de Marie, de la Vierge très pure, de la Mère très sainte, de la Femme incomparable, supérieure à toute faiblesse et étrangère à toute souillure, devient chaque jour plus actuel et plus nécessaire.
De grands périls menacent le monde moderne. Et après tant de doctrines fausses, si librement répandues, je ne crois pas me tromper en plaçant le péril de l’image, de l’image lubrique, audacieuse, Scandaleuse, et obscène. Ce mal grandit et s’étale partout sans pudeur. Il nous poursuit, nous assiège, nous obsède, nous envahit. C’est une suggestion qui entre par la porte des sens, et pénètre et s’infiltre jusqu’aux profondeurs de l’âme, et y sème le trouble, le désordre, et la honte.
Faut-il laisser le sensualisme s’ouvrir ainsi, sans obstacle, toutes les issues ? Evidemment
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non ; et l’un des plus sûrs moyens de le combattre avec succès, c’est bien, sans contredit, une dévotion tendre, active et soutenue, envers la Vierge sans tache. Au-dessus des choses terrestres, des objets qui séduisent l’âme et des représentations qui l’avilissent, élevons avec amour l’image douce et sainte de Marie Immaculée. Honorons-la dans nos temples, suspendons-la dans nos demeures, plaçons-la sur nos bannières, sur nos poitrines et dans nos cœurs. En cette image, comme en un centre radieux, brillent la pureté la plus parfaite et la plus exquise beauté. C’est l’Idéal, l’Exemplaire sublime, rayonnant audessus de nos têtes, et nous invitant à mépriser les joies grossières de la vie pour nous attacher à tout ce qui est saint, à tout ce qui est pur, à tout ce qui fait le tourment des âmes avides de justice et altérées de grandeur.
Dans un antique oratoire du séminaire de Québec se trouve une statue en bois, vieille de deux siècles, symbolisant deux vérités sœurs, le dogme de la chute et celui de la réparation. On y voit le serpent de l’Eden tenant dans sa gueule perfide le fruit de mort, cause de tant de malheurs, puis la Vierge Marie foulant sous son talon l’immonde séducteur. Une inscription ou plutôt une prière1, placée au bas, représente
1. O Mater Maria, ab originali labe præservata, corda terge nostra.
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l’âme chrétienne implorant l’assistance de Celle qui, par une faveur sans exemple, fut préservée de la tache originelle. — Cette statue, dans sa simplicité, est une œuvre de foi. L’humble artiste en a ébauché les traits avec son cœur plus encore qu’avec son ciseau. Et c’est sans doute aux pieds de cette image que nos prédécesseurs répétaient chaque année leur vœu si touchant d’honorer Marie Immaculée, et de travailler, par elle, à faire connaître et à faire aimer Jésus-Christ.
Imitons leur zèle et leur piété.
Aux pieds de quelque tableau de Notre-Dame, sous les voûtes de nos temples dédiés à son culte et imprégnés du parfum des plus religieux souvenirs, renouvelons le vœu de nos ancêtres. Promettons, nous aussi, de rendre hommage à la pureté insigne et glorieuse de Marie. Recourons à sa tendresse, à sa miséricorde, et à sa puissance. Faisons de cette dévotion envers la Mère de Dieu, qui est aussi la Reine des hommes, l’un des meilleurs éléments de notre vie religieuse, et l’une des plus utiles sauvegardes de notre foi nationale.
L’CEUYRE DES JEUNES*
Messieurs et jeunes amis, ous m’avez demandé quelques commentaires
V sur les statuts quis vous régissent. L’estime que j’ai pour vous, et pour l’œuvre si belle qui groupe vos esprits, m’interdisait un refus. Poussé par la main de Dieu vers la jeunesse cléricale, jamais je n’ai perdu de vue l’autre jeunesse, celle qui grandit dans les facultés sœurs, qui est l’orgueil d’aujourd’hui, qui sera la force de demain.
Le comte de Mun, parlant un jour devant les étudiants de Louvain, leur disait1 2 : “ C’est le privilège de la jeunesse de renouveler toutes les œuvres où elle se répand, et c’est l’honneur de la jeunesse chrétienne de donner à ceux qui s’avancent dans la vie la plus grande force qu’ils puissent recevoir après celle de la foi, la force de l’espérance. De là vient qu’un irrésistible attrait porte vers
1. Conférence donnée à l’Université Laval, devant l’Association catholique de la Jeunesse canadienne (cercle Casault), le 26 février 1917.