‹ Etudes et appreciations. -- (volume 5)Chapitre 120 sur 137 · Opusc. LX VII · texte numérisé non relu

Opusc. LX VII

PHILOSOPHIE ET RELIGION

dre la vie, et on ne la conserve saine et féconde, que si l’on est vivant soi-même, et si l’on jouit de tous les dons et de toutes les énergies de la fécondité.

Dieu, sans doute, est le principe de toute vie chrétienne, et les ministres de Dieu et les auxiliaires de l’Eglise n’en sont que les organes. Mais l’œuvre destinée à relever les âmes, et à restaurer ou sauvegarder les meilleures traditions sociales, réussira 'd’autant mieux que les artisans de cette œuvre s’y seront plus sérieusement préparés et y apporteront un concours plus effectif.

La vraie piété ne sert pas seulement à allumer la flamme du zèle et à nourrir le feu du dévouement. Elle rend, tout à la fois, tenace dans le travail et modeste dans le succès. Le jeune homme qui porte au cœur des ambitions d’apôtre et des visées de patriote, doit se prémunir contre deux écueils : la lassitude qui brise les courages, et l’arrogance qui détourne les sympathies. Autant l’on estime celui qui, sans pose et sans bruit, et comme s’oubliant lui-même, se dévoue pour ses frères, autant l’on méprise le fat et le suffisant qui se fait d’un poste de confiance un observatoire pour se mirer ou un tréteau pour se grandir. Si l’éclat victorieux du savoir ouvre le chemin des esprits, la charité, l’aménité et la bienveillance, frayent le chemin des cœurs.

Soyez loyaux envers Dieu ; soyez loyaux envers

MELANGES CANADIENS

vos semblables. Rien n’est plus beau, ni plus fier, ni plus digne de notre respect, ni plus éminemment social, qu’une âme probe et fidèle, supérieure aux calculs de la félonie, et incapable de la moindre bassesse. Vous rencontrerez sur votre route des hommes dont l’œil faux et les traits mobiles accusent la duplicité, et pour qui tromper est un art et trahir paraît un besoin. Ayez pour eux le juste mépris des consciences honnêtes1, et aussi la noble pitié du chrétien. Et rappelez-vous toujours cette parole de l’Esprit-Saint, lourde comme la loi de bronze du talion : Celui qui creuse une fosse y tombera ; celui qui met une pierre devant son prochain s’y heurtera, et celui qui tend un filet à un autre s’y prendra 2.

Est-il besoin, après cela, de faire remarquer avec quel soin il faut choisir ses amis ? L’amitié basée uniquement sur l’intérêt est fragile ; et le souffle qui renverse nos projets et nos fortunes, emporte comme fatalement vers d’autres rivages ceux qui ne tenaient à nous que par les liens de plaisirs frivoles ou d’ambitieux espoirs. Recherchons et sachons discerner l’amitié solide, celle qui groupe les âmes dans une communion intime d’idées saines, d’aspirations élevées et de viriles résolutions, et qui les fait s’appuyer les unes les autres et s’exciter mutuellement à mieux remplir

1. Le Seigneur a tout trompeur en abominalion(Prov., iii, 32).

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