‹ Etudes et appreciations. -- (volume 5)Chapitre 122 sur 137 · La vitalité chrétienne (6e éd.), pp · texte numérisé non relu

La vitalité chrétienne (6e éd.), pp

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du préjugé, du parti pris et de l’erreur, la liberté ^ de l’esprit est tout autre que cette licence dont la servitude est le fruit naturel. Elle s’achète par le travail et par la lutte, et ('lie suppose avant tout le respect de l’autorité souveraine. Comprenez-le bien : la liberté n’existe pas pour elle-même, et comme elle n’a en elle-même ni sa, raison ni sa (in, elle doit avoir en dehors et au-dessus d’elle-même sa règle et sa loi. L’âme est libre : pourquoi ? Pour être capable d’obéir ; mais obéir à quoi ? A la vérité, au devoir, au bien. . . Quelle belle image je me fais d’un esprit vraiment libre ! Il sait qu’il n’a pas en lui la source du vrai, et il ne mesure pas l'éternelle et immense vérité â ses faibles et courtes pensées. Il est convaincu que le seul moyen d'assurer son indépendance légitime, c’est de se tenir dans une étroite dépendance à l’égard de Dieu. Il respecte donc la vérité, d’un respect sincère, efficace, qui va, s’il le faut, jusqu’au sacrifice ; il l’aime, il la cherche, il la salue partout où il la trouve, et quand elle le gêne, le blesse, le condamne, il la reconnaît encore et l’adore. C’est elle qu’il consulte, quand il se recueille au plus profond de sa raison et de sa conscience. C’est elle qu’il écoute, quand il médite sur les sublimes enseignements de la foi. C’est elle qu’il poursuit, quand il s’initie â la science, et, au-dessus de ses maîtres qu’il respecte, ou qu’il admire peut-être, il voit la vérité supé-

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ricurc à eux et à lui, et maîtresse souveraine de tous les esprits. ”

Ce souci de la vérité, Messieurs, doit d’abord stimuler votre ardeur dans les études que votre titre d’élèves vous impose.

Les matières (pii font l’objet des cours universitaires créent, pour chacun de vous, des devoirs dont aucun travail de surcroît ne saurait vous dispenser. Vous ne serez vraiment, plus tard, tout ce que l’Eglise attend de vous, qu’autant que, dès maintenant, vous répondrez à ses vues sur vous. Et la pensée de l’Eglise sur vos travaux de l’heure présente, elle vous est très clairement marquée par les règles officielles qui vous dictent les cours à suivre et les examens à passer. Poursuivez ces études, non pas comme le soldat au pas de course qui exécute un mouvement mécanique, mais comme le chercheur qui explore, l’œil ouvert, et l’esprit tendu vers tout ce (pii instruit et tout ce (pii éclaire. Ea quœ agis et audis, fac ut intelligas ; de dubiis te certifiées, disait saint Thomas dans sa réponse mentionnée plus haut. Futurs défenseurs du droit, ne manquez pas d’observer comment la loi humaine s’appuie sur la loi morale, et s’illustre et se conditionne par le droit naturel et le droit divin. Futurs guérisseurs ou diagnostiqueurs de nos maux, apprenez par la philosophie à bien connaître les lois de notre nature, et l’alliance admirable qui soumet le corps aux exigences de l’âme.

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En marge de ces études, l’attentive Providence vous ménage des loisirs. C’est alors que l’Association de la Jeunesse catholique se présente, tenant en main son programme. Je ne vous rappellerai pas ce que ce programme énonce. Il place sous vos yeux, en un tableau sagement ordonné, les questions de principes, d’histoire et d’actualité, qui appellent plus spécialement l’attention du public canadien, et l’application studieuse des hommes de l’avenir.

Ces questions ainsi proposées à votre zèle et à vos études, ne sont pas précisément nouvelles, au moins dans leur ensemble. Elles relèvent, pour la plupart, soit de la philosophie, soit de la théologie, soit des sciences historiques, politiques et sociales ; et il serait injuste de prétendre que rien n’a été fait dans le passé pour orienter, sur ces sujets, l’esprit des étudiants. Ce qui est nouveau, c’est la mise en faisceau des points de doctrine ou des points de discussion les plus actuels, et l’organisation des cercles voués librement à l’étude particulière et approfondie de ces problèmes.

Laissez-moi vous dire comment je me représente ici votre devoir.

Dans le domaine religieux et apologétique, innombrables sont les questions, les objections et les doutes qui s’offrent à l’examen d’un jeune homme sérieux ; innombrables aussi les publi-

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cations qui en traitent. Il ne s’agit pas de faire le plus de lectures possible, mais de choisir ses ouvrages et de les bien lire1. Etudiez-vous non pas tant à raffiner dans l’interprétation des textes qu’à saisir le sens véritable et substantiel des doctrines. Lisez, non pas seulement en intellectuels qui veulent orner leur esprit, mais en chrétiens qui cherchent des armes pour mieux défendre leur foi. Soyez dans votre milieu, non des dilettantes ou de simples virtuoses, mais de& zélateurs du vrai.

Et dans ce dessein de défendre ou de populariser le vrai, mettez-vous en garde contre deux tendances contraires et qui brisent, toutes deux, l’équilibre religieux : celle qui amoindrit la doctrine, et celle qui l’exagère ; celle qui fait fi du caractère inaltérable des principes, et celle qui fait litière de la bienveillance due aux personnes ; celle qui élargit outre mesure le chemin du ciel, et celle qui le rétrécit d’une façon injuste ; cellequi rabaisse l’Eglise au rang des sociétés humaines, et celle qui la rend odieuse par ses excès de pensée et ses écarts de plume.

Pénétrez-vous bien des piincipes constitutifs

1. Deux ouvrages apologétiques canadiens méritent ici d’être recommandés spécialement : De l’homme à Dieu, par l’honorable juge Routhier ; Causons, par le Révérend Père Louis Lalande, S. J. — On trouvera, en outre, dans The Calholic’s ready answer, du Père Hill, S. J., des réponses brèves mais appropriées à une foule d’objections contre la religion.

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•de l’Eglise, et votre dévouement pour la cause religieuse croîtra et s’affirmera en proportion même de l’exactitude des notions que vous en aurez. Scrutez et élucidez l’histoire constitutionnelle de votre pays, et de cette connaissance nette et profonde jaillira en vous un patriotisme qu’aucune secousse politique ni aucun raisonnement illogique ne pourront ébranler. Vous serez alors, tout ensemble, des croyants justement orgueilleux de leur foi, et des citoyens solidement instruits de la nature et de la portée de leurs devoirs nationaux.

Votre entrée dans le monde, et dans les carrières que vous ouvre le monde, se fait à la lueur sanglante du plus vaste et du plus désastreux incendie qui ait jamais embrasé l’édifice social. Retenez bien, et gravez pour toujours au plus profond de vos âmes, la grande leçon qui se dégage de cet immense cataclysme : c’est que les nations qui s’éloignent de Dieu perdent infailliblement le sens moral, et que, livrées à leurs convoitises, elles expient tôt ou tard dans des tourbillons de feu ou dans des vagues de sang les crimes dont elles ont à répondre, elles ou les chefs qu’elles se sont librement donnés. Les formes sociales importent moins que la croyance religieuse. Le Décalogue et l’Evangile, voilà le premier secret du bonheur des peuples dans la justice, la charité, et la paix.

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Ce n’est pas à dire, assurément, qu’il faille se désintéresser du régime politique et des questions que ce régime soulève. L’Eglise et l’Etat offrent, dans leurs lois et leur fonctionnement, trop de points de contact pour que celui qui aime l’Eglise soit justifiable de tout ignorer de l’Etat. Dieu et patrie sont deux mots que toute langue civilisée conjugue, et deux pensées que toute philosophie digne de ce nom associe ; et nos vues patriotiques portent d’autant plus loin et avec d’autant plus de justesse qu’elles s’éclairent aux reflets d’une lumière plus haute et plus sûrement divine. Saint Thomas honore du nom de piété, et place dans le rayonnement de la vertu de religion, le culte dû par le citoyen à son pays’ ; et il formule ce principe1 2 riche de clartés fécondes, et qui devrait orienter, comme un phare, la politique de toutes les nations : “ Après Dieu, l’homme est surtout redevable envers ses parents qui lui ont donné le jour, et envers sa patrie où il est né, et où il a grandi. ”

L’intérêt que l’on porte et à la patrie et à l’Eglise ne peut, d’ailleurs, être un motif de confondre leurs attributions. Les questions politico-religieuses ne causent souvent de si âpres conflits que par suite de cette confusion malheureuse.

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