‹ Etudes et appreciations. -- (volume 5)Chapitre 135 sur 137 · Id., ouv. oit., ii-ii, q. xxvi · texte numérisé non relu

Id., ouv. oit., ii-ii, q. xxvi

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Il y a certes, parfois, des circonstances publiques assez graves et des crimes sociaux assez évidents pour motiver l’intervention armée d’une nation dans les affaires et les guerres d’autres nations. Le principe absolu de non intervention a été condamné par le Syllabus (prop. 62). Quand les Etats du Pape furent envahis par les bandes usurpatrices du Piémont, c’était le devoir des nations chrétiennes, surtout des nations catholiques, de s’opposer même par les armes à cet attentat sacrilège contre le droit et la liberté. Malheureusement, il n’en fut rien ; et ce triomphe impuni de la force brutale, l’un des plus insolents de toute l’histoire, n’a fait que déchaîner de nouveaux appétits. En face donc de nouvelles entreprises antisociales, de nouveaux devoirs d’intervention peuvent surgir.

Cela, néanmoins, suppose deux conditions nécessaires : d’une part, une menace grave et unilatérale pour la civilisation chrétienne qui est la seule digne de ce nom ; d’autre part, la participation à une guerre dont le but suprême soit de faire prévaloir le droit véritable, et non un idéal quelconque basé sur la révolution, l’athéisme, l’utilitarisme, ou tout autre système social erroné et pernicieux. Encore faut-il que les sacrifices consentis soient proportionnés à l’évidence des motifs allégués. Dans certaines situations très complexes, seul un jugement du Pape, gardien né de la loi naturelle et de la vraie civilisation, pourrait dissiper tout doute, et justifier une nation jeune et distante du théâtre de la guerre, de s’y porter presque tout entière au prix de son propre salut.

Ces distinctions et ces considérations vont nous permettre de saisir ce que nous croyons être le sens authentique de la lettre publiée par nos évêques sur les devoirs des catholiques dans la guerre actuelle.

La lettre épiscopale porte sur trois points : notre

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contribution à la guerre, en hommes et en argent ; la nécessité de pourvoir aux besoins spéciaux créés par cette guerre, surtout en versant quelque aumône dans le “ fonds patriotique ” ; le secours de la prière sollicité des fidèles. Ces deux derniers points, et les devoirs de charité qui y sont marqués, ne souffrent pas de difficulté. Seul le premier point a été l’objet d’une interprétation que nous avons tout lieu de croire inexacte, contraire même à la pensée des vénérables signataires de la lettre.

Citons le texte dont il s’agit : “ Ce conflit, l’un des plus terribles que le monde ait encore vus, ne peut manquer d’avoir sa répercussion sur notre pays. L’Angleterre y est engagée, et qui ne voit que le sort de toutes les parties de l’Empire se trouve lié au sort de ses armes ? Elle compte à bon droit sur notre concours, et ce concours, nous sommes heureux de le dire, lui a été généreusement offert en hommes et en argent. ” Ces paroles, nous en convenons, sont d’une certaine élasticité ; et les esprits favorables au principe de l’impérialisme militaire ont cru y trouver une confirmation de leur senti- ■ ment. Pour nous, le sens naturel et prédominant qui s’y révèle n’est pas l’énonciation d’un devoir de justice envers la, métropole, mais l’expression d’une pensée de charité envers nous-mêmes. On redoute “ les répercussions de la guerre sur notre pays ”, et on estime “ notre sort lié à la fortune des armes anglaises ”. En prenant part librement au conflit européen, le Canada, semble-t-il, se protège lui-même. C’est pourquoi l’Angleterre qui désire notre conservation, est en droit d’espérer que le Canada voudra prêter son concours, et servir ainsi tout à la fois la cause commune et ses intérêts nationaux.

Nous ne discutons pont la question de fait, à savoir jusqu’à quel point le Canada se trouve menacé dans le conflit actuel, et dans quelle mesure notre coopération militaire peut écarter cette menace. Nous rapportons simplement l’opinion émise par l’épiscopat, et nous cher-

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chons à dégager la signification qui paraît être le sens le plus vrai de cette manifestation d’opinion1.

Ajoutons que dans leur lettre si empreinte de loyauté envers la Couronne britannique, les Evêques ne montrent pas le moindre souci de chercher au delà des mers une sorte de seconde patrie où s’absorbe la première, et qu’ils disent du Canada, et du Canada seulement, “ notre patrie Ces deux mots sont porteurs de lumière. Il serait absurde de prétendre que nos devoirs envers la patrie et nos devoirs envers la mèrepatrie sont d’une même gravité, et qu’ils comportent des conséquences et des responsabilités identiques.

Le “ devoir rigoureux ”, sur lequel certains journalistes, et beaucoup de politiciens ont basé, dès le début, notre participation à la guerre, devait paraître aux esprits réfléchis, une justification anticipée de la conscription. L’attitude anticonscriptionniste de toute la presse catholique indépendante de langue française, et les nobles et fermes déclarations épiscopales que nous avons entendues à ce sujet, indiquent assez clairement quel sentiment prévaut dans les hautes sphères religieuses à l’endroit du service militaire obligatoire. Et nous refusons de croire que ceux qui répudient une telle mesure en aient admis le principe.

Toutes ces raisons nous persuadent qu’en signant le document du vingt-trois septembre, nos évêques n’ont pas voulu affirmer pour le Canada, dans la guerre actuelle, une obligation de justice envers l’Angleterre, et qu’ils n’ont eu en vue qu’un concours de charité, lequel se mesure d’après notre situation et nos moyens.

1. Nous disons “manifestation d’opinion” : il a été déclaré en effet par l’un des signataires de la lettre que ce n’était rii une affirmation dogmatique ni une direction disciplinaire.

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