‹ Etudes et appreciations. -- (volume 5)Chapitre 3 sur 137 · Cant. Bénédicité (Dan. ni · texte numérisé non relu

Cant. Bénédicité (Dan. ni

PATRIOTISME ET NATIONALITE

et où, pour suppléer à l’insuffisance du temps, le Créateur a tout disposé de telle sorte que, les neiges à peine disparues, la sève impatiente s’élance comme par l’effet d’une poussée longtemps contenue, et que la végétation progresse sous toutes ses formes, et dans toutes ses phases, avec une incroyable rapidité. Nous ne voyons pas seulement, nous touchons du doigt le concours de Celui sans qui rien ne naît, et rien ne se développe.

Heureux l’agriculteur mis en face d’un tel spectacle, et pouvant se faire des choses visibles un piédestal pour atteindre aux choses invisibles ! Si, dans les jours d’automne, les fleurs qui se fanent et les arbres qui se dépouillent, les feuilles qui jonchent le sol, les champs qui se recouvrent d’un voile de tristesse, lui rappellent sa caducité, quelque chose de permanent au fond de cette nature changeante symbolise, dans sa pensée, l’immuable perfection de Dieu. Pas n’est besoin d’une haute philosophie pour découvrir en ces phénomènes la trace divine ; et la foi et la raison du moindre paysan suffisent à l’éclairer sur la signification des prodiges de bonté, de régularité et de puissance, accomplis chaque année sous ses yeux.

Ajoutons que, par un dessein tout spécial du ciel, et par suite de l’union providentielle et inséparable du prêtre et du colon, il s’est formé dans nos campagnes une atmosphère de religion

MELANGES CANADIENS

bien propre à développer dans 1’âme canadienne le sens des harmonies qui régnent entre la nature et son Auteur. L’orgueil du clocher natal, la puissance de l’organisation paroissiale, le culte des morts, les associations religieuses, le zèle admirable du curé et sa très forte action spirituelle et sociale, l’influence de la prière commune, l’humble croix suspendue aux murs du foyer, le calvaire qui étend sur la voie publique ses bras protecteurs, voilà autant de liens par lesquels nos cultivateurs s’attachent, tout ensemble, à la terre où ils vivent, et à Dieu en qui ils croient.

La terre canadienne est un sol élu.

Louis Hébert y a fondé une dynastie glorieuse, dont l’œuvre solide comme la foi, et nécessaise comme le pain quotidien, et poursuivie depuis trois cents ans dans des cadres merveilleusement élargis, constitue l’une de nos plus grandes forces. Sachons apprécier cette force, honorer et encourager les héritiers et les ' continuateurs du premier colon. Et au pied du monument qui sera bientôt dressé à sa mémoire, et qui immortalisera, là même où elle fut moissonnée, la gerbe d’où est sortie la semence de notre avenir, puissent nos concitoyens, dans un élan généreux, former la résolution de toujours placer à la base de toute politique, avec les principes sacrés de la religion et de la morale, les intérêts primordiaux de la cause agricole !

LE CULTE DU PASSEï

epuis longtemps peut-être, depuis quelque

temps surtout, ce culte que nous professons porte ombrage. Et des voix s’élèvent ça et là pour le blâmer, et pour tenter de nous convaincre que nous devons y renoncer.

On nous demande d’oublier ce qui fût, pour ne songer qu’à ce qui est et préparer ce qui sera. On s’étonne que des hommes de sens et de progrès puissent s’attarder à remuer d’une main respectueuse le sillon des siècles disparus. Et on nous déclare gravement qu’en nous attachant, comme nous le faisons, à la pensée et à la mémoire des aïeux, et en refusant de confondre dans un même sympathique regard l’émigré frais émoulu de sa terre natale et le descendant canadien de dix fortes générations de colons, nous péchons contre la vertu de charité.

C’est la doctrine du jour, celle qui prêche la fusion des races et qui brise l’union des cœurs, celle qui rêve de verser dans un même moule tous les groupes ethniques, d’assujettir toutes les

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