‹ Etudes et appreciations. -- (volume 5)Chapitre 38 sur 137 · The cath. Encyclopedia, vol. i, pp · texte numérisé non relu

The cath. Encyclopedia, vol. i, pp

2. Cf. Mémoires et comptes rendus de la S. R. (1904). Origins of seltlements in N.-B., p. 35.

PATRIOTISME ET NATIONALITE

Les tenants les plus féroces du militarisme prussien ne tiennent pas un autre langage. D’après ce nouveau code substitué aux prescriptions de la loi morale et du droit international, si, un jour, la majorité anglo-canadienne se sentait menacée dans ses ambitions par le flot montant de la natalité française, elle serait absolument justifiable d’user de tous les moyens, même les plus iniques, même les plus sauvages, pour barrer ce flot, et pour supprimer une concurrence dont elle redouterait les suites. N’est-ce pas là, en réalité, l’idée qui fermente et la conviction qui se forme dans certains cerveaux ontariens ?

Dieu merci, il y a encore, dans nos pays civilisés, des esprits que la passion brutale et sectaire n’aveugle pas jusqu’à ce point. Et l’on n’est pas encore universellement persuadé que la force et l’intérêt font le droit, que le code de guerre est audessus de toute loi, et qu’il est permis aux chefs militaires, en prévision de certains dangers possibles ou probables, de comploter et d’entreprendre l’anéantissement de toute une nation. Une race qui, pour se prémunir contre l’influence très licite de populations probes et actives, n’a pas d’autres ressources que de telles infamies, est indigne de la suprématie qu’elle convoite.

Rien, dans l’histoire de l’Acadie britannique, ne justifie l’attentat ignoble commis contre ses premiers habitants. Quoique soumise à de très

rudes épreuves, la loyauté des Acadiens ne se démentit pas1. Et une politique plus juste, respectueuse des traités et des droits de la conscience, eût pu finir par imprimer dans l’âme de tous ces Erançais un amour solide des institutions nouvelles. L’administration de Mascarène et de Hopson, si en contraste avec celle des autres gouvernants de cette région, est là pour le prouver.

Mascarène eut l’insigne honneur de faire régner la concorde et l’harmonie, même au milieu des conjonctures les plus épineuses, parmi des populations que de mauvais traitements avaient rendues défiantes et irritables, et cela par le seul effet de son caractère équitable, modéré, soucieux par dessus tout de rendre à chacun ce qui lui était dû2.

On peut en dire autant de Hopson3.

Aussi n’est-ce pas dans les dispositions du peuple acadien, mais dans celles des gouverneurs anglais et de leurs amis, qu’il faut chercher l’explication du lugubre événement de 1755. Les faits qui éclatent à un moment donné de l’histoire ne sont pas sans causes souvent très profondes, et ils ne se comprennent bien qu’à la clarté de cette lumière.

La politique des chefs anglais qui gouvernèrent

1. Ed. Richard, Acadie (publié par Henri d’Arles), 1. 1, pp. 324, 328-32, 335. — Cf. id., ibid., t. ii, ch. xxvi.

Page 1