Rameau, Une colonie féodale, t. n, p
2. Id., La France aux colonies. Les Acadiens, pp. 83-84. — Cf. id., ibid., p. 64.
3. Certains écrivains se demandent si Ja Cour d’Angleterre eut quoique part dans le fait ignominieux de l’expulsion acadienne. Avec l’éditeur français de Richard, M. Henri d’Arles, nous croyons très difficile, dans une pareille affaire, de dissocier la responsabilité de la métropole de celle du gouvernement de la colonie. Les
PATRIOTISME ET NATIONALITE
Au lendemain de la dispersion des Acadiens, c’était un spectacle profondément lamentable que celui de ces malheureux, les uns cachés dans les bois, les autres jetés comme des épaves sur toutes les côtes de l’Amérique, quelques-uns même transportés jusqu’en Angleterre et en France. Et celui qui eût prédit à ce peuple une reconstitution de ses familles et de sa vie suffisante poui lui permettre, après cent cinquante ans, de disputer aux fils de ses bourreaux toutes les formes de l’influence et du pouvoir, eût passé pour un ironis-
paroles des Lords du Commerce, reproduites p'us haut, indiquent un projet d'expulsion conçu de bonne heure par eux ; et lorsque, plus tard, Lawrence y ramène insidieusement leur pensée (Richard, oui. cit., ch. xxii), la réponse entortillée des nobles Lords trahit, sous ses détours conditionnels et calculés, un acquiescement de principe ( ibid .). Les gouverneurs de la Nouvelle-Ecosse tenaient Londres au courant de tous leurs actes. Lawrence, à notre avis, n’aurait point tenté le coup de main dont le souvenir restera rivé à son nom, s’il n’avait été sûr de faire œuvre agréable à ses maîtres ou du moins de n’être pas désavoué. Désavoué, il ne le fut jamais, au contraire ( Acadie , t.n, pp. 351-352, 378-380), et jamais non plus son œuvre inique ne fut réparée. (Voir l’intéressante conférence faite sur l’œuvre de Richard, en 1909, par M. J.-E. Prince, à l’Université Laval). Cela ne nous empêche pas de reconnaître ce qu’il y eut parfois de généreux dans l’attitude de l’Angleterre vis-à-vis de la race française, notamment lorsque cette nation donna refuge à un certain nombre d’ecclésiastiques et de royalistes bannis de la France par la Révolution.
MELANGES CANADIENS
te ou un dément. La Providence nous a ménagé la joie d’assister à ce revirement du destin et à cette revanche de l’histoire.
Il y a des arbres dont les racines s’adaptent si bien au sol, et en tirent une sève si féconde, que ni la main de l’homme, ni les ravages de la tempête, ne peuvent épuiser leur vitalité. Il y a des races dont le berceau est chargé d’orages, et qui, par leur vigueur physique et leurs qualités morales, en même temps que par le secours d’en haut, triomphent des plus invincibles obstacles. La race acadienne, sœur jumelle de la nôtre, mérite une place à part dans les annales des peuples grandis et glorifiés par le malheur.
Rien en vérité n’est plus merveilleux que le ralliement progressif de ces déportés et de ces bannis, se rassemblant en groupes nombreux autour du domaine ancestral, et faisant en quelque sorte le siège de leurs anciennes demeures occupées par des étrangers. Rameau a raconté, en des pages palpitantes d’intérêt1, ce mouvement obscur, laborieux, maintes fois interrompu, mais patient, et puissant, et reconstructeur de la nationalité acadienne. Nous avons nous-mêmes visité, au cours de deux voyages dans les trois provinces de l’Est, diverses paroisses formées et habitées par les descendants des victimes de Lawrence. Et
1. La France aux colonies, 1ère P., ch v et vu; Une colonie féodale en Amérique, ch. xv-xvn.
PATRIOTISME ET NATIONALITE
nous avons pu étudier sur les lieux, dans l’intimité des familles, ce qui fait la force de cette race dont l’âme est cuirassée de foi, de patriotisme et d’endurance, et dont les prodiges de courage ont égalé la misère.
Les Acadiens ont hérité des pêcheurs bretons, leurs aïeux, un goût marqué pour la mer et l’exploitation de ses richesses. Cet amour très vif de l’onde prometteuse et fascinatrice, amour dû et à l’instinct naturel et aux besoins d’une vie exposée à tous les aléas, les a détournés jadis, du moins en certains endroits, de travaux agricoles qui eussent pu asseoir plus solidement leur fortune, et étendre davantage leur champ d’action. La culture joint maintenant ses fruits à ceux de la pêche pour leur assurer l’aisance et les attacher plus étroitement au sol.
L’Acadien est simple, sobre, actif, industrieux, tenace jusqu’à l’entêtement, et d’une robustesse qui lui permet d’affronter les plus rudes besognes. Son esprit est calme, réfléchi. Ses mœurs sont douces et ses goûts modestes. Jusqu’au dernier quart de siècle, la plupart des femmes portaient un costume très caractéristique et presque religieux dans son élégante simplicité. On a trouvé dans les papiers d’un ministre presbytérien, le Dr Brown1, une description des Acadiens faite en