‹ Etudes et appreciations. -- (volume 5)Chapitre 46 sur 137 · Le Canada-français, Doc. inéd., t. n, p · texte numérisé non relu

Le Canada-français, Doc. inéd., t. n, p

MELANGES CANADIENS

1771, laquelle peint au vif, et d’un crayon impartial, ce qu’était alors sous sa physionomie rustique ce peuple très bon. Nous citons textuellement :

On ne saurait croire combien les familles acadiennes se sont multipliées. Simples et satisfaites de peu, ces gens se marient de bonne heure, et leur vie honnête leur vaut un accroissement numérique dont peu de pays nous offrent l’exemple. Incertains de l’avenir, ils ont néanmoins cultivé le sol, pratiqué l’élevage, construit des habitations, s’acquittaut des devoirs de l’heure présente sans trop se préoccuper du lendemain. Ce sont les habitants les plus heureux du Nouveau-Monde. Ils forment, en quelque manière, un peuple distinct ; et quoique privés de guides spirituels, ils se laissent moins entamer par le fol esprit de notre temps qu’aucun autre groupe de citoyens. La France n’est plus leur patrie. Ils habitent un territoire soumis à un pouvoir différent. Leur allégeance va au Souverain dont ils dépendent, et, dans les parties de la province où ils ont obtenu des terres, le Roi n’a pas de sujets plus loyaux ni mieux disposés à défendre ses droits.

Cette loyauté, les Acadiens la doivent avant tout aux prescriptions de leur foi catholique ; et le catholicisme, chez eux, s’est conservé et perpétué, grâce sans doute à l’action de Dieu et de son Eglise, mais grâce aussi à leur langue. La langue française les a protégés contre le péril protestant. Et c’est là une des raisons pour lesquelles cette race malheureuse, mais plus grande que son infortune, garde si jalousement son parler mater-

PATRIOTISME ET NATIONALITE

nel. Au retour d’un de nos voyages dans les provinces maritimes, il y a déjà vingt-cinq ans, nous écrivions1 :

L’histoire de ce peuple est un prodige de ténacité religieuse et nationale. Fidèles aux croyances et aux vieilles traditions françaises, les Acadiens ont grandi dans l’épreuve et vaincu les plus rudes obstacles ; et l’énergie vitale par laquelle ils se multiplient si rapidement en a fait une minorité vraiment imposante. Leur langue, au milieu de tant de vicissitudes, est restée substantiellement la même. Nous ne sommes plus aux temps primitifs où la fusion d’idiomes encore à peine ébauchés, comme d’autant de matériaux bruts, devait, dans les desseins de la Providence, servir de base à la création et à l’unification des sociétés naissantes, en particulier des grandes sociétés européennes. Les nations ont vieilli ; leurs langues, cultivées avec un soin jaloux, polies et perfectionnées, se sont incrustées dans des œuvres littéraires qui les ont rendues immortelles. Le Canada, pays mixte où les deux langues les plus répandues et les plus influentes du monde se sont donné rendez-vous pour y faire affluer toutes les richesses de l’esprit humain, doit être fier de lui-même. Dieu l’a formé de deux précieux éléments. Le français et l’anglais sont les puissants leviers de la civilisation moderne. Vouloir briser l’un ou l’autre de ces leviers serait un manque de sagesse. Les unir en un faisceau solide et harmonieux doit être l’objectif de tous ceux qui ont pour mission, dans nos provinces confédérées, de travailler à l’avancement des intérêts religieux, sociaux et nationaux.

L’avenir de la langue française, sur les lèvres

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