SUR L’HISTOIRE DE D’ENSEIGNEMENT PHILOSOPHIQUE CANADIEN
armi les éléments formateurs de l’esprit d’un
1 peuple, nous devons compter au premier rang la philosophie. Les notions philosophiques moulent et façonnent le tempérament moral, de même que les œuvres auxquelles elles donnent naissance le traduisent et le révèlent.
Pour savoir sur quelles bases reposent, chez une nation, les grandes idées de foi, de conscience, de justice, de devoir, il faut explorer le sol où ces fondations s’enfouissent. C’est la philosophie qui maintient dans les écoles, et qui protège dans la société la connaissance du vrai Dieu. Sans cette connaissance, la religion naturelle et la religion révélée seraient impossibles. Un enseignement philosophique peut manquer d’éclat, d’ampleur, d’originalité ; mais s’il se donne la tâche et s’il ambitionne avant tout le mérite de transmettre aux générations un trésor de vérités
1. La majeure partie de cette étude a été présentée à la Société Royale en mai 1917.
MELANGES CANADIENS
reconnues par l’élite des penseurs chrétiens, il remplit un rôle obscur peut-être, .mais souverainement utile. Tel autre enseignement pourra briller par ses couleurs, et séduire et subjuguer par ses nouveautés et ses hardiesses. L’histoire, hélas ! est jonchée des débris de ces systèmes novateurs qui conquirent pour un temps la faveur publique, et auxquels d’autres systèmes non moins hardis et non moins fragiles se sont tour à tour substitués.
L’étude que nous entreprenons sur l’enseignement donné dans nos classes canadiennes de philosophie, pourra peut-être emprunter à ces remarques des lumières qui l’éclairent et des raisons qui la justifient.
Il s’agit moins, pour nous, de dresser une nomenclature de noms et d’ouvrages que d'offrir un tableau des idées et des théories qui ont prévalu, chez nos professeurs, dans le passé, et qui gouvernent présentement l’esprit de nos travailleurs et de nos savants. Rares sont parmi nous les œuvres philosophiques. Un peuple jeune, et à peine sorti des crises de la puberté, n’a pas pour philosopher les loisirs et les avantages d’une nation adulte. Il y a du moins, et cela suffit pour les besoins du moment, il y a une œuvre philosophique qui s’est faite, qui n’a cessé de se faire, et qui se fait plus studieusement chaque jour, soit dans la province de Québec, soit dans les
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autres provinces du pays ; et c’est sur cette œuvre, pleine d’intérêt et de conséquences pour nous, que nous voulons arrêter nos regards.
L’enseignement, philosophique est né au Canada avec la religion et avec l’Eglise, et on peut dire que jamais, malgré certaines périodes particulièrement agitées de notre histoire, la philosophie ne déserta nos chaires classiques.
Nous devons aux fils illustres d’Ignace de Loyola les premières leçons de cette science qui trace à l’esprit humain ses lois, et qui dirige son vol dans la sphère des choses morales et des objets suprasensibles. Le collège des Jésuites avait été fondé à Québec en 1635. Dès qu’il y eut des élèves mûrs pour les sciences, le cours philosophique fut institué. Mgr Amédée Gosselin, dans son très précieux ouvrage sur l’instruction au Canada, nous a dit quel était ce cours, par quels professeurs il était donné, de quels manuels on s’y servait, et avec quel sens de la vérité doctrinale et des nécessités pédagogiques on avait transplanté ici les thèses et les méthodes qui formaient en France la jeunesse catholique1.
L’arbre nourri de la sève d’Aristote et de Thomas d’Aquin florissait en pleine terre canadienne.