Encycl. Æterni Patris, 4 août
PHILOSOPHIE ET RELIGION
toute sa substantielle identité. Et deux noms surtout le couvrent de leur prestige et de leur gloire :
D’abord le nom d’Aristote, le génie le plus puissant et le plus vaste de la civilisation grecque, le disciple bien-aimé de Platon, dont il ne fut ni l’adversaire ni le rival, comme nous l’avait conté une sotte légende, mais le véritable continuateur, puisqu’il éleva le spiritualisme de son maître, grâce à une nouvelle méthode, expérimentale autant que déductive, jusqu’à la hauteur d’une science positive. Savant non moins que métaphysicien, ou plutôt père et fondateur de la science de la » nature en même temps que de la métaphysique, il sut donner à l’une et à l’autre les principes fondamentaux que les immenses progrès des sciences modernes ne devaient pas démentir, et par là même assurer à cette philosophie son caractère essentiellement positif et scientifique. Le nom de saint Thomas d’Aquin n’est pas moins glorieux ; et si Cousin revenait nous dire aujourd’hui : “ Connaissez-vous Aquinas ? J’ai découvert Aquinas ! ” il s’exposerait à un succès d’hilarité sans pareil. A la fois savant, philosophe et théologien, l’illustre disciple d’Albert le Grand embrassa dans son esprit encyclopédique toutes les sciences des siècles passés ; il interpréta les ouvrages d’Aristote et des philosophes arabes, et acheva l’œuvre des grands hommes qui l’avaient, précédé dans la carrière. “ Pour avoir vénéré les docteurs qui l’ont précédé, dit Léon XIII1, Thomas d’Aquin a hérité en quelque sorte de l’intelligence de tous. Il recueillit leurs doctrines comme les membres dispersés d’un même corps, il les réunit, les classa dans un ordre admirable, et les enrichit tellement qu’on le considère lui-même, à juste titre, comme le défenseur spécial et l’honneur de