Encycl. cité
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l’Eglise ” et de la philosophie chrétienne. Aristote, il est vrai, représente la raison et la science de la civilisation païenne, saint Thomas personnifie celles des âges chrétiens ; mais ces deux génies, bien loin de s’opposer, paraissent coulés dans le même 'moule, comme pour démontrer, par un dessein providentiel, l’accord possible et nécessaire de la raison et de la foi, qui ne sont que les deux faces de la même vérité, les deux étages du même édifice1.
L’enseignement philosophique donné au Collège de Québec, sous le régime français, ne pouvait que refléter cette heureuse alliance.
Le Père de Rochemonteix, dans son excellent ouvrage sur le collège de Laflèche et l’œuvre éducatrice accomplie sous l’ancien régime par sa Compagnie, nous expose très loyalement les règles et le caractère de l’enseignement philosophique en usage, à cette époque, dans les maisons de cet Institut. “ Les Jésuites, dit-il2, sans pousser jusqu’à l’adoration le culte d’Aristote et de saint Thomas, se firent un devoir de suivre et de défendre leur doctrine ; saint Ignace le leur avait recommandé, et cette recommandation fut pour eux une loi inflexible qui décida de leur direction philosophique et théologique. ” L’auteur rappelle les circulaires envoyées, par les généraux François de Borgia et Aquaviva, aux supérieurs de l’Ordre, et qui avaient pour but de maintenir l’enseigne-
1. F auges- B NsKbedette, Cours de Philosophie scolastique. Préface.
2. Un collège des J ésuites aux XV I le et XV 1 1 1 e siècles, t.iv, p.4.
PHILOSOPHIE ET RELIGION
ment dans les traditions scolastiques. Il retrace les phases de la lutte survenue entre le cartésianisme et l’école péripatéticienne. Descartes et Malebranche, dont les doctrines entamaient les bases mêmes de la philosophie si hautement préconisée par l’Eglise, réussirent à conquérir parmi les Jésuites quelques adeptes. Mais la Compagnie elle-même, dans l’ensemble de ses professeurs et par la voix de son chef, le Père Tamburini, se montra nettement hostile, dans le double domaine de la logique et de la métaphysique, aux nouveautés cartésiennes.
Il était donc naturel que l’enseignement philosophique inauguré à Québec dans le collège des Jésuites, suivît, autant que possible, le programme tracé par l’autorité supérieure pour tous les collèges de l’Institut.
Nous avons feuilleté le manuscrit de Logique laissé par un des élèves du père Martin Bouvart, lequel enseigna sous Monseigneur de Laval1. Des éloges y sont décernés aux deux grands philosophes grecs dont les travaux contribuèrent providentiellement à restaurer la science philosophique révélée au premier homme, puis obscurcie par les ombres du péché et déchue des splendeurs de son origine. Dans un latin clair et élégant, le
1. Compendium seu Epitome totius Logicœ, 1659 (Archives du Séminaire). Il faut regretter que ce cours, s’il fut complet, ne nous soit pas parvenu dans son intégrité.
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Père Bouvart donne de la philosophie une division très nette, et qui ne diffère pas substantiellement de l’actuelle division classique. Son concept de l’ordre naturel et de l’ordre surnaturel, et sa façon de comprendre et d’exprimer les traits essentiels qui distinguent ces deux ordres, nous ont paru absolument justes : ce qui, en matière de doctrine, est fondamental. C’est à la lumière des enseignements d’Aiistote que l’auteur étudie, dans leur jeu et leur mécanisme, les trois opérations de l’esprit, l’appréhension, le jugement, et le raisonnement. Toutefois, l’étude de ces actes dans leurs rapports avec la certitude (ce qu’on dénomme de nos jours la critique) ne tient qu’en quelques lignes, et ne forme pas une partie distincte de l’ouvrage. La même lacune se remarque en d’autres traités subséquents.
Nous ne voudrions pas, au reste, apprécier la valeur de l’enseignement philosophique du collège de Québec uniquement d’après quelques pages transmises par des mains d’étudiants.
Mgr Gosselin1 nous assure que la philosophie du père Jésuite Channevelle, imprimée à Paris en 1669, se trouvait, vers la fin du- même siècle, entre les mains de quelques élèves. De ce fait, il est permis de conclure, ou que le professeur expliquait directement aux jeunes gens le cours parisien, ou