‹ Etudes et appreciations. -- (volume 5)Chapitre 53 sur 137 · Ouv. cit, p · texte numérisé non relu

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PHILOSOPHIE ET RELIGION

que ceux-ci étaient invités à y chercher eux-mêmes un commentaire, étendu sans doute, mais fidèle, de renseignement du professeur. La pensée d’Aristote et celle de saint Thomas planent sur les pages les plus lumineuses de l’ouvrage. L’un et l’autre de ces maîtres y sont très fréquemment cités. Descartes est combattu. Et la plupart des thèses se déploient selon le plan général de l’Ecole, et d’après toutes les lois de la structure scolastique. Sur quelques points seulement, par exemple, quand il s’agit de la prescience divine, le père Channevelle semble s’écarter du sentiment le plus commun chez les philosophes thomistes. Plusieurs raisons nous inclinent à penser que les doctrines philosophiques de cet auteur rayonnèrent sur une grande partie de l’enseignement donné au collège de Québec.

Vers 1731, figure parmi les noms des professeurs de philosophie dans ce collège, celui du père Guênier. Le père Guênier, avant de venir à Québec, professait la philosophie à Caen. Nous avons de lui un bref exposé1 des principes et des notions qui forment la base de la philosophie morale. L’auteur se confine dans les limites de la morale générale, sans descendre aux applications qui concernent les divers états de l’homme et les diverses conditions de la société. Les chan-

1. Pars secunda Pliiloso'phiœ scholasticœ œthica seu moralis, dat a Rmn Pâtre Guênier, S. J., 1731 (Arch. du Sém.).

MELANGES CANADIENS

gements sociaux introduits dans le monde par le fait et les contre-coups de la révolution française ont donné à ce que l’on appelle aujourd’hui la morale spéciale une exceptionnelle importance. Le père Gué nier suit l’ancienne méthode ; il insiste beaucoup plus sur les règles souveraines des actions humaines que sur l’adaptation de ces règles aux états particuliers de la vie. Le fond est solide, la pensée nette et précise ; et la forme, de son côté, dénote, en même temps qu’un esprit lucide et fortement discipliné, une belle culture classique, laquelle ne saurait surprendre chez un membre de la Compagnie de Jésus.

Nous ne savons si le père Guênier rédigea, avec la morale, les autres parties qui entrent dans un cours complet de philosophie. Peut-être se servait-on encore, au collège de Québec, d'ouvrages composés et enseignés antérieurement, entre autres, de la logique du père Bouvart. Ce qu’il y a de sûr, c’est que l’année 1757 nous apporte un nouveau manuel beaucoup plus considérable, sinon de plus grande valeur, la Logique du père Labrosse1 .

Le père Labrosse enseigna la philosophie vers la fin du régime français. Et, si l’on en juge d’après certaines pages de son traité, il professait pour Suarez une admiration profonde. C’était, nous

1. Cursus philosophicus, P. I : Logica, 1757 (Arch. du Sém.).

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le croyons,- un esprit élevé et pénétrant. Néanmoins, quoique remarquable à certains égards, sa science philosophique s’embarrasse ça et là de subtilités excessives, d’un certain défaut de méthode, et d’exercices dialectiques trop multipliés. On regrette, en outre, de rencontrer dans son manuel des traces de l’occasionalisme cartésien1. Le cartésianisme, à l’aide de certains ouvrages tels que la philosophie de Purchot, avait fini par se glisser dans nos bibliothèques canadiennes, puis de là, comme en Europe, au moins sous une forme atténuée, dans quelques parties de l’enseignement. Les professeurs distraits par des travaux de tous genres2, sevrés de lectures nécessaires, et éloignés des grands foyers intellectuels du vieux monde, n’étaient peut-être pas toujours en mesure de se défendre contre la séduction des idées nouvelles.

Hâtons-nous, toutefois, d’ajouter que les Révérends Pères Jésuites, malgré les lacunes presque inévitables que nous venons de constater, ne furent pas seulement les créateurs de l’enseignement philosophique au Canada, mais qu'ils maintinrent cet enseignement à la hauteur de nos destinées. Ils surent garder intactes les lois de l’esprit humain, et conserver dans leur substance,

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