‹ Etudes et appreciations. -- (volume 5)Chapitre 54 sur 137 · Mgr Gosselin, ouv. cit., pp · texte numérisé non relu

Mgr Gosselin, ouv. cit., pp

MELANGES CANADIENS

pour le bien du clergé et l’instruction de toutes les classes sociales, les notions fondamentales de création, de Providence, de conscience, de liberté, d’immortalité. Un tel héritage légué par leurs soins, et accru par leur science, parle plus haut que tous les éloges. Nous ne dirons jamais assez ce que ces hommes de foi et de savoir ont fait pour nous, et les titres impérissables qu’ils se sont acquis, dans le silence de vies laborieuses,, à la reconnaissance de la patrie canadienne.

Le changement de notre régime politique et la suspension de la Compagnie de Jésus ne pouvaient ne pas atteindre profondément l’œuvre de l’éducation.

L’enseignement secondaire passa des Pères Jésuites au Séminaire de Québec. C’est vers 1770 que l’on commença à donner des cours de philosophie dans cette maison. Montréal, bientôt après, sous la direction des messieurs de Saint- Sulpice, allait aussi avoir les siens.

Mais, il faut l’avouer, l’heure n’était guère propice pour ce genre d’études, et pour le recueillement méditatif de l’esprit. Le Canada sortait, épuisé, de la phase la plus tragique de son histoire. Il ramassait ses forces éparses et ses ressources affaiblies pour les vouer, en premier lieu, au rajustement de ses conditions sociales. D’autre

PHILOSOPHIE ET RELIGION

part, la philosophie moderne, en sonnant le glas des vieilles méthodes, avait désorganisé les écoles et désorienté les doctrines. Depuis nombre d’années, la tradition scolastique était battue en brèche par des systèmes nouveaux. Non seulement les théories de Descartes et l’idéalisme de Malebranche passionnaient un peu partout les esprits ; mais même l’empirisme de Locke, qui en était comme le contrepied, avait fait irruption dans la pensée française.

Le mal gagnait nos rives. En deux exemplaires d’un manuscrit philosophique attribué à l’abbé Turquet1, et copié au déclin du dix-huitième siècle par des élèves de Québec2, nous avons découvert des signes de ce désarroi intellectuel. L’union substantielle de l’âme et du corps, brisée par le cartésianisme, est ignorée ; et le système lockien sur l’origine des idées, système qui étouffe sous la matérialité des sensations la science de l’universel3, fait l’objet d’une thèse directement formulée.

1. Cet abbé n’était pas un professeur du Séminaire de Québec- Rien même n’indique qu’il ait jamais séjourné au Canada. Son ouvrage fut donc importé d’Europe où le souffle de Locke l’avait atteint.

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