E.-T. Paquet, ouv. cit., p
2. La cosmologie, en très grande partie, est omise également. Mais on en parlait alors en physique ; et la physique elle-même fut désignée pendant longtemps comme une branche de la philosophie.
3. Le système de Lamennais et celui du Vte de Bonald se rejoignent dans une racine commune, le traditionalisme. Mais le premier va plus loin que le second (Gonzalez, H ist. de la Phü., t. iv, p. 436) ; et voilà comment on peut expliquer que M. Demers incline vers l’un tout en refusant son adhésion à l’autre.
PHILOSOPHIE ET RELIGION
tion de l’homme si bien definie par la scolastique ; et de là vient que, quand il s’agit de déterminer la source et de retracer la genèse de nos connaissances, son œil s’obscurcit et sa pensée vacille.
Sur d’autres points encore, nous pourrions peut-être trouver matière à critique.
Mais ces taches et ces imperfections n’empêcheront pas le livre de M. Demers de passer, aux yeux de l’histoire, pour un ouvrage très sérieux et relativement remarquable, surtout si l’on considère qu’il a été écrit à une époque plus ou moins stérile en doctrines philosophiques, et dans un pays jeune encore, éloigné des lumières que les grandes écoles du vieux monde répandent naturellement autour d’elles.1
L’ouvrage de M. Jérôme Demers resta chez nous, pendant plusieurs années, le texte classique. En 1847, nous voyons que l’abbé Taschereau, le futur Cardinal, l’expliquait à ses élèves, et ce n’est qu’un peu plus tard qu’on jugea à propos de le remplacer par un manuel plus récent.
Son influence se fit-elle sentir en dehors du Séminaire, et rayonna-t-elle d’une façon notable sur d’autres établissements d’instruction ? nous ne saurions le dire au juste. Ce qui est certain, c’est que M. Demers jouissait d’une grande réputation comme philosophe et comme savant. Ce
1. E.-T. Paquet, ouv.. cit., p. 48. Voir la lettre-préface écrite par Mgr O.-E. Mathieu, pour le manuel de philosophie de l’abbé Lortie.
MELANGES CANADIENS
qui est plus certain encore, c’est que dans tous les collèges fondés successivement, pour l’usage des catholiques, en diverses parties du Bas-Canada, la philosophie s’enseignait à la lumière des données de la foi, et d’après un ensemble de principes reconnus qu’aucune théorie nouvelle n’avait chance de renverser ni d’ébranler.
Mgr Choquette, dans son “ Histoire du Séminaire de Saint-Hyacinthe1 ”, relate l’incident d’une discussion très vive survenue, à propos du système de Lamennais sur la certitude, entre quelques professeurs de cette maison et M. l’abbé Odelin. Cette divergence d’opinions philosophiques fit quelque bruit, et se répercuta jusque dans les journaux. Toutefois, dès l’apparition de l’encyclique de 1834 par laquelle Grégoire XVI tranchait assez ouvertement la question, les défenseurs du système lamennaisien adhérèrent loyalement et sans réserve à la parole du pape. Ce sera toujours l’inestimable avantage du philosophe chrétien de voir le regard de son esprit s’élever, et les forces de sa raison grandir, en proportion même de sa docilité aux directions de l’ Eglise.
Cette docilité qui n’est pas de la passivité aveugle, mais une prudence très rationnelle, se retrouve, quoique à des- degrés divers, dans tous