‹ Etudes et appreciations. -- (volume 5)Chapitre 75 sur 137 · Mémoire présenté à la Société Royale en · texte numérisé non relu

Mémoire présenté à la Société Royale en

PHILOSOPHIE ET RELIGION

et de carnages. Elle soulève jusqu’en Amérique contre des races paisibles, des multitudes honnêtes, des minorités croyantes et laborieuses, les mépris, les méfiances et parfois les agressions déloyales de politiques et de dignitaires oublieux de leurs devoirs les plus graves et transformés en véritables despotes.

C’est bien, en effet, d’une perversion intellectuelle qu’il s’agit, et c’est aux sources mêmes de la pensée humaine troublée, altérée et corrompue, qu’il faut aller surprendre, pour s’en bien rendre compte, ce flot d’injustices qui se répand sur les peuples, ce fleuve de douleur et ces torrents de sang qui inondent une si large portion du monde civilisé. Que de simples individus, égoïstes et jouisseurs, pensent juste et agissent mal, cela n’a rien qui étonne le psychologue averti : l’illogisme et la passion sont choses très humaines. Que toutefois des nations entières, des majorités puissantes, des classes ou des groupements d’hommes influents, soit par impulsion propre, soit par docilité, entraînement et servilisme, se livrent contre leùrs semblables aux actes les plus injustes et commettent les abus et les excès les plus révoltants, cela ne peut s’expliquer que par une culture qui a faussé en leurs principes les doctrines les plus essentielles, et qui a perverti la notion fondamentale du droit.

MELANGES CANADIENS

Nous en sommes là.

Le droit, pour une foule d’hommes, n’est plus. Et ce nom si noble et si grand dans les annales des peuples et dans l’histoire de la pensée, c’est la force qui l’usurpe : ici la force brutale, celle du bras, des canons, de l’obus, par laquelle s’exaltent les rêves ambitieux et se consomment les pires iniquités militaires ; là la force légale, celle du suffrage aveugle, des associations despotiques, des législations persécutrices. En l’un et l’autre cas, les prescriptions du droit s’effacent pour faire place aux dictées et aux exigences de la force. On ne se demande pas ce que la conscience autorise, mais ce que la science peut faire1. On ne se soucie pas de ce qui doit être, mais de ce qui profite et de ce qui est. La fin justifie le moyen. Et cette morale à rebours, elle a ses théoriciens et ses docteurs avant d’avoir ses exécuteurs ; elle s’affirme dans les livres et les écoles, avant de se traduire dans les tranchées et les parlements.

Il y a en effet, à l’heure actuelle, concernant la conception morale du monde et le gouvernement des actes sociaux, deux écoles, nées dans le passé des mêmes erreurs, et qui, à travers des vicissitudes diverses, ont grandi et se sont établies

1. Voir dans le Correspondant (25 oct. 1914) l’article intitulé : La science, le droit et la force.

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au sein des générations contemporaines : l’école que j’appellerai dynamiste, et l’école utilitaire.

La première de ces écoles, sans se recruter en un seul pays, porte assez fréquemment le nom d’école allemande1. Dieu me garde de faire de tous les Allemands des tenants du système dynamiste, et des partisans de cette morale sans vertu et sans entrailles où la force prime le droit ! L’Allemagne a donné à l’Eglise et au monde trop de vrais savants, trop de penseurs profonds, trop d’illustres et admirables défenseurs de la vérité et de la justice pour qu’il soit permis, même dans les jours troublés et angoissés que nous vivons, de le méconnaître et de l’oublier2. Ce que je veux dire, c’est que la morale de la force a trouvé sur le sol germanique et, en particulier, sur le sol prussien, un v terrain plus propice, peut-être, qu’ailleurs à l’éclosion féconde de ses principes et à l’application logique et systématique de ses théories.

Des écrivains ingénieux et subtils ont recherché les origines de cette école et de ce système jusque dans les pages les plus obscures de l’histoire

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