‹ Etudes et appreciations. -- (volume 5)Chapitre 83 sur 137 · Instituiez de Droit naturel par M. B., t. i, pp · texte numérisé non relu

Instituiez de Droit naturel par M. B., t. i, pp

MELANGES CANADIENS

la notion même d’une morale véiitable. On ne base pas la morale sur un aléa, sur un bien secondaire et fragile1, moins encore sur une appétition qui trop souvent doit être regardée comme déréglée et illégitime, et absolument opposée à l’ordre le plus manifeste.

Au surplus, pour bien saisir la nature et la portée des doctrines utilitaires, nous n’avons qu’à considérer de quelles conséquences elles sont le principe, soit à l’égard des particuliers, soit à l’endroit des collectivités.

L’utilitarisme développe l’égoïsme. L’égoïsme engendre, parmi les membres de la famille humaine, les rivalités profondes, les hostilités prolongées, les violences et les rapines. Comment demander à l’individu, fût-ce au nom de l’intérêt social, un sacrifice dont son propre intérêt le détourne ?

Autant j’abandonnerai en faveur d’autrui, autant diminuera mon avoir. Si le caissier d’une société contribue à la bonne gestion des affaires, le trésor commun augmente ; s’il détourne les fonds à son profit, le trésor commun diminue, mais à coup sûr son trésor particulier y gagne : posez en principe qu’il n’y a d’autre droit que l’intérêt transformé, quel raisonnement mathématique pourra, en cas d’impunité certaine, empêcher le caissier de fuir avec la caisse2 ?

1. Comme l’enseigne saint Thomas ( Som . théol., i P,, q. v, art. 6), les biens utiles ne sont pas désirables pour eux-mêmes, mais pour les biens honnêtes et moraux auxquels ils sont subordonnés.

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