‹ Etudes et appreciations. -- (volume 5)Chapitre 89 sur 137 · Et. Lamy, Revue des deux Mondes, 15 déc · texte numérisé non relu

Et. Lamy, Revue des deux Mondes, 15 déc

PHILOSOPHIE ET RELIGION

France est d’aimer des forces supérieures à la force. ” Parlant de la France officielle, nous sommes contraints d’avouer que cet amour, dans les temps modernes, s’est souvent égaré sur des objets indignes de lui. On ne fonde pas le droit sur l’anarchie de la pensée, ni sur la liberté du mal et la licence des mœurs. Et si, d’une part, il est nécessaire de rejeter tout système dans lequel le droit est nié1 ou ravalé au niveau de l’intérêt vulgaire et de la force matérielle, de l’autre, on ne peut adopter, comme saine et juste, la conception d’un droit plus élevé sans doute, mais qui ne remonte pas jusqu’à Dieu2, et qui prétend s’affranchir de toute règle et se libérer de tout frein.

Et je conclus que seule la philosophie chrétienne présente aux hommes et aux peuples une notion des droits et des devoirs qui s’harmonise parfaitement avec l’autorité et la liberté : qui s’incline volontiers devant les titres certains de la foi et de la puissance religieuse ; qui laisse aux âmes et aux familles le libre jeu des actions honnêtes et des initiatives légitimes ; qui reconnaît aux groupes

1. Certains positivistes, tels qu’ Auguste Comte, nient carrément l’existence du droit (Fouillée, ibid., pp. 194-195).

2. Le Dr. Grasset ( Correspondant , 25 oct. 1914) oppose au système de la force basé sur une science matérialisée Yidée-loi de moralité fondée sur la vraie science de l’homme. Cette science de l’homme n’est elle-même véritable qu’autant qu’elle fait reposer la loi morale, dont elle s’inspire, sur l’ordre établi par le suprême législateur qui est Dieu.

MELANGES CANADIENS

ethniques le droit inné de la langue, des traditions et des croyances ; qui condamne les conquêtes injustes, les procédés de guerre iniques et barbares ; qui fait de la loi un instrument de justice, et non un engin d’oppression ; qui affermit le pouvoir sur ses bases en lui conciliant la loyauté des citoyens, et en le prémunissant contre ses propres écarts.

Ces idées, si claires pour nous, ne le sont malheureusement pas pour tous. Et trois préjugés principaux semblent aujourd’hui, en un très grand nombre d’esprits, obscurcir l’exacte notion du droit.

Il y a d’abord le sentiment exagéré de la valeur propre, du rôle et du caractère de tel ou tel pays.

Rien sans doute, en principe, ne fixe d’une façon immuable les frontières et la géographie des nations ; et rien non plus ne s’oppose à ce que, par des moyens licites et grâce à des contingences favorables, certains Etats évoluent, s’accroissent et se fortifient. L’inégalité des peuples, comme celle des conditions sociales, paraît faire partie du plan providentiel de Dieu.

C’est, remarque Taparelli1, ur devoir pour ceux qui gouvernent les peuples de procurer leur indépendance nationale ; mais la manière de la procurer est

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