Allard, ouv. cit., ch. x
MELANGES CANADIENS
flancs du continent noir gisaient et gémissaient d’innombrables populations livrées au pire destin. Il y avait là une proie abondante et facile. Elle excita d’ardentes convoitises, et c’est surtout parmi ces peuplades incultes et mal protégées que l’esclavage, non seulement chez les fils de l’Islam, mais même chez les nations chrétiennes, continua de s’alimenter.
Pendant trois siècles, écrit Paul Allard1, catholiques d’Espagne, de Portugal, même de France, protestants d’Angleterre et de Hollande, firent travailler sous le bâton les populations indigènes ou versèrent à flots sur le continent et les îles d’Amérique des millions de noirs africains. L’esclavage, chassé de l’Europe par le christianisme, se créait ainsi au delà de l’Océan un empire nouveau. On a honte de le dire, toutes les couronnes de l’Europe prirent sous leur protection la traite des nègres ou même s’y associèrent directement.
Nous voudrions que la puissance civile française, dans ses relations avec la colonie canadienne établie par ses soins et régie par son autorité, pût échapper à ce blâme. Et, en effet, quelques écrivains l’ont crue, sous ce rapport, exempte de reproche. Malheureusement, des textes très clairs et très authentiques démontrent le contraire, et font voir que, dès le début de notre vie coloniale, l’esclavage pénétrait chez nous sous le couvert des lois.