Encyclique Sacra propediem, 6 janvier
3. Sous ce terme générique, l'usage distingue les " syndicats " ou associations particulières, les " unions " ou fédérations de syndicats, les " corporations " dans lesquelles lia profession est tout entière représentée.
spirer, et dans quelles limites faut-il qu'ils se ren ferment ?
Quels avantages pour la société, et pour le^ classes populaires, pouvons-nous raisonnablemen en attendre ?
Telles sont les questions qui se posent naturel lement devant nous, et auxquelles on nous a prit de répondre. La tâche n'est pas sans écueils D'accord sur diverses données, les sociologues ca tholiques ne tirent pas tous, des principes reconnus les mêmes conséquences. Ils ne font pas tous certaines réserves obligées, certaines distinction? nécessaires. Et, s'il en est parmi eux qui se montrent trop hésitants dans l'accomplissement d'une œuvre à laquelle l'Eglise, par ses voix les plu.^ hautes, les convie, il y en a d'autres dont le verbe hardi et le zèle impatient sont parfois taxés de témérité.
Heureux le navire qui, quoique ballotté par une mer houleuse, trace toujours, sans dévier, son droit sillage !
Nous voudrions, hors de tout parti pris, et dans la mesure de nos humbles efforts, dégager de la parole des Papes et des enseignements de la philosophie sur l'union professionnelle et l'association syndicale, la pure doctrine chrétienne, celle qui mérite notre entière adhésion, et sur laquelle nos regards, dans les incertitudes de l'heure actuelle^ doivent se tenir constamment fixés.
l'organisation professionnelle 207
L'organisation professionnelle, en général, estelle légitime ? Et pour ce qui regarde notamment le domaine industriel, patrons et ouvriers ont-ils le droit de se syndiquer ? ^
Notons d'abord ce fait certain qui est déjà, en matière de droit, sinon une preuve, du moins un indice : c'est que l'association des intérêts d'un même métier, d'une même profession, remonte très haut dans l'histoire. ^ Dès l'antiquité grecque et romaine, nous trouvons des collèges d'artisans où l'esprit syndical jetait ses premières racines. La solidarité syndicale et corporative s'affirmait, non seulement dans les divers services publics et privés dont ces collèges avaient la charge, mais devant les statues des dieux tutélaires, et jusque sur la tombe des sociétaires défunts.
Plus tard éclosent, sous la double influence de la tradition romaine et de l'esprit chrétien, les guildes germaniques et anglo-saxonnes avec leur caractère social et religieux.
Puis bientôt du sol, si merveilleusement fécond, de la France surgissent ces célèbres corporations
; 1. Nous prenons cette expression, non dans le sens agressif que le socialisme y attache, mais comme S3^nonyme du droit de s'associer.
2. Voir Martin Saint-Leon, Histoire des Corvoraiions de métiers (2e édition), 1909.
ouvrières dont Léon XIII a fait l'éloge, ^ véritables familles professionnelles où l'union hiérarchisée entre maîtres, compagnons et apprentis, n'enlève rien des droits et des devoirs mutuels, et qui atteignent au treizième siècle leur plus haut essor moral et leur plein épanouissement économique.
Nous n'avons pas à dire ici quels abus se ghssèrent dans le fonctionnement de ces sociétés, pourquoi elles vinrent peu à peu à perdre le prestige dont elles jouirent si longtemps, et comment la Révolution les supprima sans rien leur substituer. L'individualisme triomphait. Toutefois, le régime de l'union professionnelle était tellement ancré dans la tradition nationale qu'il ne tarda pas à renaître en dépit des lois qui l'avaient aboli, et que Ton s'obstinait à maintenir. Des groupements nouveaux se formèrent, différents sans doute des anciens, mais qui attestaient une poussée de l'âme populaire, et devant lesquels l'Etat dut enfin s'incliner. ^
La liberté d'association était reconnue.
Cette liberté, au regard de la loi naturelle, ne peut être mise en doute, et l'Etat qui ose y porter atteinte, manque sûrement à son devoir. Nous avons là-dessus le témoignage formel de l'auteur de Tencyclique Rerum novaruvi. Qu'on nous permette de citer la page maîtresse où ce docteur incompa-
1, Encycliques Humanum genus et Rerum novarum.