‹ Etudes et appréciationsChapitre 119 sur 173 · L'Economie nouvelle (Paris, 1919), pp. 217-128. — Nous · texte numérisé non relu

L'Economie nouvelle (Paris, 1919), pp. 217-128. — Nous

leurs, des producteurs : ce sont des hommes qui, à cause de leurs qualités dans l'organisation du travail, dans la distribution des tâches, dans la répartition des produits, sont placés à la tête des services de la production ... ce sont des hommes qui, par position, par intérêt personnel, parce qu'ils sont ou se considèrent propriétaires ou bénéficiaires de leurs entreprises, utilisent au mieux les efforts humains, le temps de travail, les matières qu'ils traitent, et les produits qu'ils fabriquent. Ce sont eux qui, grâce au fait qu'ils sont intéressés par leurs bénéfices, nous donnent le système de production le moins coûteux et le système de répartition le plus économique et le plus sûr.

Ils ont droit à une juste liberté.

D'ailleurs, si le principe de la participation ouvrière, décrétée par une loi, devait être admis, ne faudrait-il pas l'étendre à toutes les industries, grandes et petites, à tous les genres de production, à toutes les formes de métier ? Le propriétaire agricole ne devrait-il pas, lui aussi, tomber sous le coup de cette loi nouvelle, partager avec le garçon de ferme la gestion de ses affaires et le chiffre de ses profits ? Et n'y aurait-il pas lieu, jusque dans le commerce, de régler, d'après le même principe d'association, les rapports des chefs d'entreprise avec leurs employés ?

Nous arrivons de la sorte à un chambardement

citons ce livre fait avec vigueur d'esprit, sans du reste, cela, va sans dire, approuver le caractère amoral qu'on lui reproche, ni toutes les opinions qu'il renferme.

LA PARTrCIPATION OUVRIÈRE 243

général de l'ordre social actuel, à un véritable socialisme d'Etat. N'est-ce pas là, au vrai, que veulent en venir certains promoteurs de la participation industrielle légale ? Ce régime qu'ils rêvent n'est pas un progrès, mais une violence. Nous nous refusons à penser que du nivellement des classes et de la subversion des méthodes économiques, édictés par l'Etat, ne puisse sortir que le bien commun de la société.

Nous est avis que l'Etat vraiment désireux de remplir, auprès du peuple, une mission bienfaisante, pourrait essayer autre chose. Il pourrait purger l'école publique, établie par ses soins, des germes de perversion morale et intellectuelle que l'on y cultive presque partout, et qui empoisonnent d'innombrables générations de patrons et d'ouvriers. Il pourrait se soucier davantage de la moralité publique, de l'honneur des familles que flétrit le diyorce, des progrès de l'Eglise et du succès de ses institutions d'enseignement, de culte et d'assistance, qui ont pour but d'édifier la fortune des nations sur les principes d'une foi toujours pure et sur les préceptes d'une morale inviolée.

Il y a, pour résoudre le problème social, des réformes plus pressantes, d'une légitimité plus sûre, et d'une efficacité plus éprouvée, que celle d'un partage forcé du contrôle et des bénéfices industriels.

Aux yeux des socialistes, cette réforme pourtant s'impose.

Ils jugent illégitimes les profits perçus, dans l'industrie, par le capitaliste et l'entrepreneur. Le travail ouvrier qui donne lieu à ces profits, et par lequel se créent des fortunes colossales, ne reçoit, selon eux, qu'un traitement injuste et même dérisoire. Et c'est pour que soit redressée cette injustice dont on le frappe, qu'ils appellent et réclament l'action coercitive de l'Etat.

L'argument ainsi présenté fait des dupes. Il égare les âmes simplistes, il flatte les passions jalouses. Il rend nécessaire de bien définir le rôle respectif joué, dams l'exploitation industrielle, par les divers éléments qui y concourent. ^' La production, dit M. Valois, ^ est le fruit d'une collaboration hiérarchisée dont les facteurs sont plus nombreux que ne le supposent la petite science des libéraux et l'ignorance épaisse des socialistes. " Distinguons, dans l'œuvre productrice, quatre facteurs principaux : la nature, le travail, la direction, le capital.

Nul homme sérieux ne contestera la part importante et indispensable de la nature dans la production.

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