Documentation catholique, p. 124 (29 janv
ouvrier. ^ Des actions spéciales de la société, dites " actions du travail ", et qui s'acquièrent soit par des épargnes, soit à l'aide d'une retenue sur les salaires, ou par une conversion de quelque part des profits en titres de la firme, sont attribuées, tantôt à divers salariés, et nous avons l'actionnatriat individuely tantôt à l'ensemble des employés ou aux syndicats ouvriers, et nous avons l'actionnariat collectif. Ces actions du travail confèrent les mêmes droits que les actions ordinaires, entre autres, le droit de prendre part aux dividendes, de siéger aux assemblées générales et aux conseils d'administration et de surveillance.
Voici, en substance, les raisons que l'on apporte à l'appui de ce système. ^
Associés aux patrons, les ouvriers se montrent plus conciliants. Ils voient mieux avec quelles difficultés les chefs industriels sont aux prises, quels risques ils courent, quelles responsabilités techniques et morales pèsent sur leurs épaules, quelles conséquences funestes ont les grèves inconsidérées, combien la lutte sociale est nuisible à toutes les classes et à toutes les familles.
Ils s'élèvent peu à peu au rang de petits pro-
1. R. DE Briey, Essai sur l'association du capital et du travail par V actionnariat ouvrier (Paris, 1914).
2. Cf. Civiltà cattolica (3 avril 1920) ; — de Briey. ouv. cit., pp. 10-16 ; — Dessart, Le Salariat, V Actionnariat du travail et l'Actionnariat syndical (Liège, 1921).
priétaires. Ils s'intéressent davantage au succès de la fabrication industrielle, et ils font plus d'efforts pour y contribuer par l'économie des matières premières et un travail soutenu. Certaines industries ont rendu à ce régime le témoignage qu'il avait amélioré l'état de leurs affaires.
On ajoute qu'un système de ce genre sauvegarde mieux que le simple salariat, la dignité humaine des classes laborieuses. Il tend à développer, chez elles, la vertu de l'épargne et l'esprit de prévoyance par la perspective d'une participation de plus en plus grande, selon le nombre des actions acquises, à l'influence du capital qui gouverne ou fait mouvoir l'industrie.
Quelle que soit la valeur de ces raisons, ceux qui les produisent ne se font pas tous illusion sur les inconvénients auxquels la participation ouvrière peut donner lieu. Et ils n'ont pas tous la naïveté d'y voir une infaillible panacée.
Les considérations précédentes appellent, de notre part, quelques remarques.
Nous croyons utile, tout d'abord, de faire observer que les promoteurs les plus ardents et les plus absolus de l'actionnariat ouvrier se recrutent dans un camp qui n'offre pas de très solides garanties d'orthodoxie. M. Briand termine une
note sur cette refonte industrielle qu'il favorise de tout son pouvoir, par ces mots : '' La démocratie politique, œuvre désormais accomplie, grâce à l'octroi du suffrage universel, n'atteindra son plein essor que le jour où, dans son propre sein, sera réalisée la tâche en voie d'élaboration : la démocratie économique et sociale. " ^ Cela ne sent-il pas quelque peu le collectivisme, ennemi de toute subordination ?
N'oublions pas ces paroles de Léon XIII rappelées récemment par Benoît XV : ^
Il est bien permis aux ouvriers de sortir de l'indigence et d'arriver à une situation meilleure par des moyens légitimes, mais ni la raison ni la justice ne les autorisent à renverser Tordre voulu par la providence de Dieu.
Or, l'ordre établi par la Providence implique des inégalités nécessaires au fonctionnement régulier des multiples rouages sociaux, et dont la suppression serait fatale, si elle n'était illusoire. Pie X, dans sa condamnation du '^ Sillon " ^, range parmi les doctrines sillonistes 1'^' émancipation économique " du peuple en tutelle sous les patrons, puis il énonce cette suprême vérité dont l'oubli fait tant de dupes : '' Si Jésus a appelé à lui, pour les soulager, ceux qui peinent et qui souffrent,