Encyclique Jmmoi'tale Dei, 1 nov
LE RÔLE SOCIAL DE l'ÉTAT 269
aux organismes dont elle se compose, et qui lui sont antérieurs, un supplément de force et de vie. Et puisque les hommes sont des êtres nés pour la vie morale plus encore que pour la vie physique, c'est la mission des chefs de l'Etat d'assurer à ceux qu'ils dirigent des conditions d'existence favorables non seulement à l'obtention des biens matériels, mais à la culture de la science et à la pratique de la vertu ; c'est leur devoir d'aider et de soutenir de toutes leurs forces les institutions sociales qui, loin de faire' obstacle au bonheur éternel de l'homme, s'ajustent et se subordonnent à cette destinée suprême. ^
Ce point de doctrine est capital. Il s'impose à notre plus sérieuse attention. Il nous expUque pourquoi l'Eglise, chargée des intérêts spirituels de l'humanité, juge opportun et même nécessaire d'intervenir dans les problèmes ouvriers, et pourquoi l'Etat n'accomplit qu'une faible partie de sa tâche , lorsque, insoucieux du bien moral des peuples, il se contente de s'intéresser à leurs progrès économiques.
On distingue communément jàeux fonctions par lesquelles le pouvoir pohtique s'acquitte de son devoir envers la société : protéger les droits,
L Saint Thomas, Du gouvernemenl des pi'inces,\. i, ch. 14-15. — Cf. SAINT Augustin, Cité de Dieu, 1. v, ch. 24 : l'illustre docteur fait là un portrait magnifique du prince chrétien.
et promouvoir le bien général. Ce sont bien ces fonctions que désigne saint Thomas, lorsque, parlant de la loi humaine,^ il dit qu'elle est nécessaire pour maintenir la justice et la paix entre les hommes, et pour favoriser chez eux les œuvres de vertu et le bien commun. Léon XIII, dans ses encycliques où il trace à la politique chrétienne son programme d'action, tient un langage analogue.
L'Etat doit tout d'abord sauvegarder les droits. Or, '' la protection des droits, fait observer l'abbé Valton,^ comporte non seulement le respect des droits, qui, par lui-même, est plutôt négatif, mais encore une intervention positive, c'est-à-dire l'emploi des moyens qui empêche la violation des droits et en réprime les attaques. D'une manière plus précise, la protection des droits s'étend à trois objets distincts : assurer l'exercice des droits au moyen de la contrainte ; déterminer les droits par la loi ; résoudre les conflits des droits à l'aide des tribunaux."
Ce rôle tutélaire de l'Etat est fondamental. Il constitue la raison d'être immédiate des gouvernements politiques, lesquels doivent avant tout s'employer à faire régner la justice au sein de la société, et à fonder sur le respect mutuel des droits