Encycl. Rerum novarum
LE RÔLE SOCIAL DE l'ÉTAT 287
de ceux qui détiennent une plus grande somme de biens, et chez qui la charité doit se faire plus généreuse, compromet l'ordre social en l'exposant au danger d'une crise, d'une révolution ouvrière, l'Etat, pour conjurer ce danger, mais uniquement pour cela, en vertu de la justice légale dont il est le ministre, peut commander des actes de bienfaisance qui, sous cette forme précise et en des temps moins troublés, échappent à son action. ''Remarquons-le bien : l'Etat entre ici en scène, non pour faire lui-même la charité ( ce qui n'est pas de son ressort), ni à proprement parler, pour l'imposer aux particuliers (ce qui serait contraire à la nature de cette vertu), mais pour garantir l'ordre et le bien public dont il a la garde, et que le dénuement de toute une classe d'hommes peut mettre très gravement en péril. " ^
Du reste, d'autres moyens moins extrêmes de prévenir une crise sociale sont aux mains du pouvoir civil, et peuvent servir très efficacement à soulager le classe prolétaire. Telles sont certaines œuvres d'utihté populaire, logements sains, jardins ouvriers, caisses d'épargne, organisations mutualistes et le reste, œuvres créées en dehors de l'intervention de l'Etat, mais auxquelles celui-ci, par des lois, des primes, des subventions, peut être d'un très grand secours. '' S'il se trouve cepen-
1. Droit public de l'Eglise. L'Action religieuse et la loi civile^ p. 295.
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dant que ni l'action de l'Eglise, ni celle des particuliers ne suffisent à satisfaire les besoins les plus urgents du prolétariat, dans ces cas mais alors seulement, l'Etat (en vertu de ses devoirs de justice distributive à l'égard des classes les plus besogneuses) peut et doit intervenir, en créant de son chef des œuvres de prévoyance et même d'assistance publique." ^
Nous nous abstenons de descendre dans plus de détails, pour ne pas sortir du programme qui nous a été tracé.
Ce qui ressort de ce que nous avons dit, c'est que la théorie sociale de l'Etat, exposée avec une science si lumineuse par Léon XIII, oriente admirablement les esprits entre les écueils opposés de l'école libérale et de l'école socialiste. Plus nous approfondirons la pensée de ce maître, plus nous verrons clair dans la solution des problèmes qui préoccupent à un si haut degré l'opinion contemporaine.
Nous invitons nos hommes politiques à se bien pénétrer de si utiles enseignements, à les prendre pour boussole de leurs études, pour base de leur action. Nous formulons le vœu que nos lois ouvrières, élaborées avec soin, mûries avec sagesse,