Questions actuelles, t. cix, p
A l'époque des Croisades, les Seigneurs mettent à la disposition du clergé des domaines et de l'argent pour soulager la misère et soigner les malades. L'esprit de solidarité qui anime les confréries ou corporations de métiers se manifeste par des dotations analogues, à la seule condition d'admettre dans les établissements avantagés les ouvriers malades. Aussi le nombre des hôtels-Dieu, des hôpitaux de pèlerins et des léproseries va-t-il en augmentant. On compte, en France, huit cents léproseries dans le cours du xiie siècle, et un peu plus tard, au xive siècle, le seul diocèse de Paris possède plus de cent hôpitaux, léproseries ou hospices. Les fondations privées assurent en même temps l'accroissement des secours distribués à domicile : secours mutuels des confréries d'arts et métiers, aumônes réparties par les monastères ou les paroisses. Mais il est rare que la Commune, la Municipalité intervienne dans l'administration de l'assistance. Celle-ci appartient tout entière aux ecclésiastiques, entre les mains de qui affluent les subventions dues à la générosité privée et qui composent le personnel hospitalier. A partir du xiie siècle s'organisent quelques ordres religieux de charité dont le rôle •cesse d'être localisé à un hôpital ou à une paroisse.
Avec la Réforme, à base de rationalisme et d^étatisme, et dont l'influence force partout les frontières, coïncident les premières mesures de -sécularisation et de contrainte de la charité. ^
Non seulement les rois de France fondent euxmêmes pour les pauvres, — ce qui peut ê^tre très louable, — de nouvelles maisons d'assis-
1. Cf. Chenon, Le rôle social de V Eglise, pp. 498 et suivantes (Paris, 1921).
l'assistance publique 293
tance, mais T administration des établissements de ce genre déjà existants, est par eux confiée à une Commission de bourgeois, tandis que les aumônes dont disposent, pour les secours à domicile, les confréries et les monastères, doivent prendre en grande partie le chemin d'un bureau municipal chargé de prélever sur tous les habitants une taxe de secours. ^
Cette taxe des pauvres où s'appuie la bienfaisance officielle et obligatoire, un acte célèbre de la reine Elisabeth l'établit vers le même temps dans toute l'Angleterre. C'est même dans ce pays, d'après Ch. Périn,^ que le principe en fut posé dans toute sa rigueur et qu'il a porté tous ses fruits.
Mais les nobles traditions de la charité libre étaient trop fortement enracinées dans l'âme chrétienne pour ne pas réagir contre cette pression, et pour ne pas déborder les cadres de l'assistance séculière et de la bienfaisance légale.
Le xviie siècle, illustré par de si beaux génies, comptera à jamais parmi ses gloires les plus pures l'immortel Vincent de Paul, qui eut vraiment le génie de la charité, parce qu'il en avait tout d'abord, et à un très haut degré, la vertu. Innombrables sont les misères qu'il secourut, merveilleusement variés et appropriés les hospices