‹ Etudes et appréciationsChapitre 156 sur 173 · La rôle social de l'Etat, p · texte numérisé non relu

La rôle social de l'Etat, p

Fassistance, caractérisait ainsi la bienfaisance officielle et le but où elle tend : ^

A FEglise qiii représente la conscience, on substitue l'Etat qui aujourd'hui, dans la pensée d'un grand nombre, n'a d'autre fondement que la souveraineté rationnelle de l'homme désormais émancipé de tout pouvoir supérieur. La doctrine qui attribue l'administration de la charité à l'Etat peut être plus ou moins mitigée. Pour quelques-uns, elle va jusqu'à interdire à la charité privée toute action indépendante, et jusqu'à établir le monopole de l'Etat en fait de charité. D'autres, et ils sont les plus nombreux, prétendent que, sans exclure absolument la charité privée et libre, il faut renfermer son action dans des bornes très étroites ; qu'on ne doit lui reconnaître d'autre mission que de s'occuper au jour le jour des misères accidentelles, de visiter les pauvres, de leur distribuer des aumônes ; que, si elle veut embrasser un cercle plus vaste et étendre son action à l'avenir, il faut qu'elle se rattache et se subordonne, en quelque sorte, à l'administration légale. Ceux-ci pensent que la société doit prendre elle-même, comme un service public, la direction de la charité ; qu'elle doit organiser la bienfaisance publique en l'étendant à tous les besoins, et en utilisant à cet effet les ressources de la charité individuelle ; que les Eglises et les associations doivent être les auxiliaires de l'organisation instituée par l'État ; qu'elles doivent lui prêter le concours spirituel et moral dont il a besoin pour l'existence et le développement de son système, et qu'il peut les contraindre, sinon par des moyens répressifs, au moins par des moyens préventifs, entre autres par le refus de la personnification civile. Ou bien la charité officielle dénie tout droit à la charité privée et fibre, ou

1. De la richesse etc., t. m, pp. 337-338. M. Périn cite luimême M. Ducpétiaux qui a écrit sur la question de la charité.

l'assistance publique 299

bien elle cherche à la paralyser et à l'annihiler par des voies indirectes. Dans les deux cas, la charité officielle poursuit un même but : elle tend à exclure de la société la charité libre inspirée par l'esprit religieux, et elle s'efforce de réaliser ce qu'on a appelé la sécularisation de la charité.

Là où fonctionne l'école laïque et la contrainte scolaire, il n'est pas étonnant que l'on cherche à instaurer le régime de la bienfaisance laïque et de l'aumône obligatoire. Ce système prévaudrat-il, et triomphera-t-il définitivement, surtout dans les pays catholiques comme la France où la charité libre a accompli tant de prodiges ?

11 y a aujourd'hui, dans notre ancienne mère patrie, un réveil de l'esprit national, précurseur, nous voulons le croire, d'une forte renaissance religieuse. Mais les lois qui ont créé la laïcité centralisatrice de l'État subsistent, et des voix nombreuses, influentes, les ont déclarées intangibles.

Puissent bientôt d'autres voix, plus influentes, plus autorisées, couvrir ces tristes échos et rendre un autre son !

Depuis le jour où Notre-Seigneur redressa vers le ciel la pensée humaine tournée vers la terre, le pauvre est apparu sous un aspect tout nouveau. On a vu des hommes et des femmes pousser le

sacrifice de soi jusqu'à embrasser délibérément la pauvreté la plus extrême, et jusqu'à se faire avec allégresse les plus dévoués serviteurs des pauvres.

L'exercice de la charité est l'un des grands ministères de l'Eglise.

Une ordonnance du pape Simplice, au cinquième siècle, statue qu'un quart des revenus ecclésiastiques sera affecté aux œuvres d'assistance. On cite, de Gélase 1er, cette parole très belle en même temps que très authentique : ^

Rien ne convient mieux à la fonction sacerdotale que la protection des pauvres et des faibles.

L'histoire de l'Eglise catholique dans ses rapports avec le perpétuel problème du malheur et de la misère, n'a été, à toutes les époques, qu'un commentaire éloquent et glorieux de cette maxime.

Ouvrez les pages des Conciles. Elles sont remplies de textes, de prescriptions de toute sorte, où éclate la sollicitude des Evêques pour l'humanité souffrante. ^ Le soin des pauvres, le culte de ceux où revit, par la pauvreté même, la personne auguste de l'ouvrier de Nazareth devenu notre Rédempteur, constitue l'une des caractéristiques de la sainteté. Tous les saints se sont illustrés dans ce domaine. Tous les papes, tous les prélats dignes de leur caractère et de leur mission, ont

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