‹ Etudes et appréciationsChapitre 162 sur 173 · Cours d'Economie sociale (3e éd.), p. 7n · texte numérisé non relu

Cours d'Economie sociale (3e éd.), p. 7n

C'est l'étatisme dans l'assistance. Et cela peut aller jusqu'au monopole exclusif de tout ce que la charité se permet d'entreprendre en dehors de l'action de l'Etat. On a, dès lors, l'assistance légale sous sa forme la plus accaparante et la plus brutale, caractérisée par l'interdiction de la mendicité,^ la guerre aux congrégations reUgieuses^ et la taxe des pauvres imposée à tous les contribuables et distribuée par l'Etat. Plusieurs auteurs nomment ce régime ^' charité légale ou officielle "; la logique des mots nous interdit d'appeler charité ce qui n'en est pas, ce qui émane, non d'un sentiment spontané, mais d'un texte de loi par lequel une obhgation juridique est créée, la charité véritable proscrite, et une sorte de socialisme installée dans les bureaux de l'Etat.

Le rôle de suppléance reconnu à l'Etat en matière d'assistance, implique, dans les termes mêmes^ l'exclusion de tout monopole. C'est une aide que les pouvoirs publics prêtent aux organismes par lesquels s'exerce déjà, mais d'une façon jugée insuffisante, la charité privée.

En saine doctrine, cette aide peut-elle, par l'imposition de taxes spéciales et par des mesures coercitives, revêtir le caractère de contrainte qui

1. "L'Eglise a toujours refusé de condamner la mendicité honnête. Elle a été plus loin, elle l'a sanctifiée, et en a fait, en approuvant les ordres mendiants, une de ses institutions *'' (Ch. Périn, oiw. cit., t. ni, p. 356.)

l'assistance publique 307

est la tendance moderne ? Certains économistes, même catholiques, le concèdent. D'autres, et des plus graves, le nient. M. Louis Durand, dans son célèbre discours de Sarlat,^ s'exprime làdessus sévèrement :

Si FEtat, dit-il, ne doit pas dépasser une juste mesure dans la perception des impôts affectés aux services publics, il n'a jamais le droit de lever des impôts pour enlever au légitime propriétaire une somme d'argent dont il fera profiter d'autres personnes qui n'y ont aucun droit. Dans ce qu'on est convenu d'appeler la charité sociale, l'Etat ne fait pas la charité puisqu'il ne possède rien, il l'impose aux particuliers, il dispose de leur avoir, contrairement aux enseignements de rÉglise.2 ... La charité sociale, la charité d'Etat, c'est une violation du droit de propriété.

L'un des forts théologiens actuels de France, l'abbé Michel, ne croit légitime ce mode d'assistance publique que dans des circonstances exceptionnelles, et quand l'ordre social et le bien de la communauté civile, se trouvent sérieusement menacés par un égoïsme quasi universel.

Si donc, poursuit cet auteur, ^ dans la société, des

1. Questions actuelles, t. cxiii, pp. 225 et suivantes. Ce discours a mérité l'approbation très explicite de S. Em. le Card. Merry del Val, secrétaire d'État de Pie X (Questions actuelles, t. cit., pp. 203-204.)

2. "La charité chrétienne est un devoir dont on ne peut poursuivre l'accomplissement par les voies de la justice humaine" (LÉON XIII, encycl. Rcrum novarum.)

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