‹ Etudes et appréciationsChapitre 166 sur 173 · Lettre Ubi primum du 27 avril · texte numérisé non relu

Lettre Ubi primum du 27 avril

de la réserve que sa position lui impose, de dire plus clairement quel joug d'injustice pèse sur l'Irlande, et avec quel mépris de ses aspirations les plus nobles et de ses libertés les plus vitales cette nation a été traitée par ceux-là mêmes que l'on proclamait à l'envi, les défenseurs de la liberté du monde.

N'est-il pas temps de mettre un terme à une situation si lamentable, que tous les bons esprits déplorent, qui inflige à tout un peuple le plus crucifiant martyre, et qui est nuisible aux adversaires mêmes de ce peuple malheureux ? Nous n^apercevons pas, écrit Benoît XV, quel profit Vun ou Vautre adversaire retirerait d^un duel sans merci, où Von voit les propriétés et les fermes livrées au plus affreux et honteux pillage, Vincendie allumé au^ villages et aux récoltes, les lieux et les personnes consacrés à Dieu subissant le sort commun, le combat enfin dégénérant de part et d'autre en massacre de gens sans défense, souvent même de femmes et d'enfants.

Cet état de violence et d'antagonisme meurtrier a déjà trop duré.

Benoît XV demande avec instances que l'on examine la question dans un esprit de justice. Par respect pour le sentiment de l'Irlande, il suggère que cette affaire épineuse soit d'abord discutée dans un Conseil issu des suffrages de toute la nation irlandaise, et que l'avis de ce Conseil serve de base, dans une Conférence des représentants de l'Angleterre et de l'Irlande, à une décision judicieuse, capable de réparer les torts et d'asseoir sur de solides fondements une paix durable.

On connaît les derniers événements. Qui sait si la lettre très sage, très opportune du Saint-Père, n'a pas contribué de quelque manière à inspirer la tentative de rapprochement dont le télégraphe nous transmet chaque jour les échos, et qui a eu du moins pour effet d'amener une trêve salutaire ?

Quoi qu'il en soit, c'est en parfait accord avec les vues du Pape que nos Evêques de la Province civile de Québec ont eux-mêmes, dans une supplique au roi

Georges V, exprimé leurs sympathies très ardentes pour l'Irlande, et sollicité respectueusement un règlement équitable du différend anglo-irlandais.^

Gardienne suprême de la vérité et de la justice, l'Eglise catholique souffre de tout ce qui entame le droit, surtout chez les nations qui lui sont restées fidèles. Et elle se montre bien dans le rôle qu'une tradition ininterrompue a consacré, lorsque, pour obtenir le redressement des griefs ou le triomphe d'une juste liberté, elle élève sa voix sereine et témoigne aux populations opprimées les vœux qu'elle forme et l'émotion douloureuse qu'elle ressent.

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