Cf. Documentation catholique, 13 dcc. 1019; 21 fév
mal de la société, ni rendre les peuples heureux.
La paix internationale est nécessaire. Et tout la réclame : la sécurité intérieure qu'elle assure ; réchange de vues, la réciprocité d'expériences et de services, les rapports commerciaux qu'elle permet. Or, le grand moyen de réussir l'œuvre de la pacification générale, c'est, Benoît XV nous l'enseigne, de rétablir dans les âmes le règne de la doctrine chrétienne, de restaurer parmi les peuples la royale souveraineté de Jésus-Christ.
Ce moyen, le Pape l'indiquait dans sa dernière allocution de Noël, lorsqu'il disait :
Le Christ sera la paix de la société quand elle rendra hommage, elle et les organismes qui la composent, à rimprescriptible souveraineté de Celui qui est le Roi des rois et le Seigneur des seigneurs ; le jour où, docile aux enseignements de la sagesse chrétienne, elle travaillera à élever ce que le génie d'Augustin appelait la cité de Dieu, par opposition à la cité du monde.
Dans sa récente encyclique, Benoît XV revient sur la même ^pensée, préconise le même unique moyen de sauver les nations :
Il faut, dit-il, que Jésus-Christ, dont le Samaritain était la figure, porte sa main sur les blessures de la société pour la guérir. Cette œuvre, cette fonction, l'Eglise la revendique en propre, elle qui garde l'esprit de Jésus-Christ, dont elle est l'héritière.
Pénétré, comme son auguste maître, de la né-
cessité de la réconciliation des peuples, le Cardinal secrétaire d'Etat écrivait à FArchevêque de Chicago, le 18 juillet 1919 :
Il est impossible que le monde goûte longtemps les fruits bénis de la paix, si les nations ne perdent jusqu'au souvenir de leurs haines pour resserrer entre elles les doux liens de la fraternité chrétienne. Les catholiques doivent, à un titre tout spécial, travailler à ce rapprochement: unis déjà par un lien si intime dans le corps mystique de Jésus-Christ, ils sont tenus de donner constamment aux autres l'exemple de la charité chrétienne.
Précisant ce noble rôle des catholiques dans la restauration de Faccord international, Benoit XV, en sa dernière lettre, leur demande, non seulement de déposer tout sentiment de haine, toute idée d'ostracisme vis-à-vis des ennemis d'hier, mais de se livrer à des œuvres de paix : d'imprégner de charité leurs écrits, d'éviter de rouvrir des cicatrices mal fermées, de fonder ou de développer des institutions de bienfaisance propres à soulager ceux qui ont le plus souffert des maux de la guerre. Sans oublier ce qu'ils doivent à leur propre patrie, tous les fils de l'Eglise sont priés de se tendre, par delà les frontières et pardessus les océans, une main fraternelle. Le Pape désire, en particulier, que '^ les prêtres, donnant l'exemple aux autres, déclarent la guerre à la haine et à l'inimitié, et la mènent avec ardeur, en tout lieu. "
L'esprit d'animosité, d'agressivité, de dénigrement, de certains groupes catholiques contre des catholiques d'autres races, nous a toujours paru indigne du nom chrétien. Les paroles du Pape retentiront dans la conscience de tous, non seulenient comme les accents d'un Père, mais comme les directions d'un Chef.
Conformément à ce programme de paix, nos cousins cathoHques de France, quelles qu'aient été pendant la guerre certaines divergences de vues \ voudraient rendre plus étroit, entre eux et nous, le lien des amitiés françaises. Ils comptent, pour cela, sur notre bon vouloir. Nous ne saurions, certes, refuser à cette initiative une adhésion réclamée par la voix même du sang et les sj^mpathies de la foi, et qui se concilie sans peine avec nos devoirs propres et nos meilleurs intérêts nationaux.
Si, d'un côté, nos expériences et nos luttes peuvent être de quelque intérêt pour la France, de l'autre, le spectacle des luttes et des progrès de la Fille aînée de l'Eglise, et de la Mère du peuple canadien-français, ne nous laissera jamais indifférents.
1. M. le Chanoine Chartier, dans sa troisième conférence à l'Institut Catholique de Paris (conférence dont la Semaine Religieuse de Montréal, 28 juin 1920, reproduit une exacte analyse), a exposé avec autant de justesse que de courage, ce que nous croyons être la véritable pensée canadienne sur la question de notre participation à la guerre.
L'Eglise catholique est, par nature, universelle. Son chef, le Pontife romain, occupe vis-à-vis des peuples et des souverains de tout l'univers, une situation véritablement internationale.
Aussi importe-t-il, au plus haut degré, que le Pape jouisse, dans tous ses actes, d'une parfaite liberté, qu'il ne soit sujet d'aucun Etat, qu'il puisse entretenir, sans entrave, avec chaque nation, et avec chaque gouvernement, tous les rapports que son auguste ministère exige.
On sait comment, au siècle dernier, par l'invasion des Etats pontificaux, cette indépendance du pouvoir papal fut assaillie et violée. Le Saint- Siège s'empressa de protester, en paroles et en ^ctes, contre le sacrilège attentat dont il était la victime. Il fut interdit aux catholiques italiens -de prendre part, par leur action politique, à la mise en œuvre du nouveau régime ; et l'on fit savoir aux chefs d'Etat catholiques qu'ils ne pourraient, sans offenser gravement le chef de l'Eglise, venir rendre hommage, à Rome, dans un palais apostolique usurpé, au roi d'Italie.
Ces mesures de protestation étaient justifiées. Il fallait maintenir aussi ferme que possible, dans l'âme chrétienne, la notion des droits imprescriptibles du Saint-Siège ; et seuls des motifs d'une exceptionnelle gravité pouvaient engager le Pape
à modifier la discipline établie. Pareils motifs, en ces derniers temps, ont surgi, par le fait des progrès très redoutables du socialisme, et de la nécessité pressante de rallier le plus près possible autour de l'Eglise, conservatrice de Tordre, toutes les forces et toutes les influences catholiques. Pie X, le premier, crut devoir, dans quelques cas, lever la défense relative aux élections politiques. On nous permettra de reproduire ce que nous disions, au retour d'un voyage à Rome, en 1905, à un journaliste de cette ville :
L'attitude de Pie X vis-à-vis du gouvernement italien donne lieu à beaucoup de commentaires, il en est qui prétendent que le jour n'est pas loin où le Souverain Pontife lèvera le non expedit, et permettra aux catholiques de prendre part aux élections de leur pays. Si ces prévisions se réalisent, il faudra chercher la raison de cette nouvelle attitude pontificale dans les progrès de plus en plus menaçants du socialisme. C'est l'intérêt de l'Eglise et de l'Etat de s'unir pour enrayer ce mal grandissant, et sauver ainsi l'ordre social lui-même. Cet intérêt prime toutes les préoccupations du rétablissement plus ou moins prochain du pouvoir temporel. Au cours de cet hiver, ont paru des articles très significatifs dans la Civiltà cattolica, la grande revue italienne des Pères Jésuites. Ces articles qu'on dit inspirés en haut lieu, proposent aux catholiques italiens, comme modèle à imiter, le Centre allemand, et tendent ainsi à l'organisation des forces catholiques en vue des futures batailles électorales.
Depuis l'époque où nous tenions ce langage, l'état social de l'Italie s'est notablement aggravé ;
et Benoît XV, lors des dernières élections italiennes, a jugé le moment venu d'ouvrir la porte toute grande à Faction électorale catholique. De plus, dans son encyclique du 23 mai 1920, voulant favoriser la concorde des princes et les rapprocher, eux et leurs peuples, de l'Eglise, le Pape annonce la disposition où il est de déroger, s'il y a lieu, à certains points de la discipline dictée, vis-à-vis des chefs d'Etat catholiques, par la spoliation des biens territoriaux du Saint-Siège.
Nous ne serions pas éloigné, écrit-il, de relâcher quelque peu la sévérité des conditions que nos prédécesseurs avaient justement établies, en raison du renversement de la puissance civile du Saint-Siège, concernant la visite officielle des chefs d'Etat catholiques à Rome. Mais nous déclarons formellement que l'indulgence de notre conduite, qui semble conseillée et demandée par les circonstances particulièrement graves où se trouve aujourd'hui la société, ne devra jamais être interprétée comme une abdication tacite par le Siège apostolique de ses droits sacrés, comme s'il acquiesçait enfin aux conditions illégales qui lui sont faites actuellement.
Le Pape est mû, on le voit, par des considérations supérieures d'ordre social, par des circonstances dont le caractère, très alarmant, crée un fait nouveau. Il ne renonce pas à ses droits. Au contraire, il les réaffirme de la façon la plus solennelle. Il ^^ renouvelle les protestations de ses prédécesseurs, " et réclame instamment le
redressement des torts commis, la réintégration de la Papauté dans les conditions de liberté et d'indépendance qu'exige son action publique. Il n'est donc pas exact d'écrire, comme l'ont fait certains journalistes :
En permettant aux catholiques de former un parti national, le Vatican a reconnu l'Etat italien. En levant pour les Souverains catholiques la défense de venir à Rome, il a clos la phase internationale de la question romaine. ^
Tant que le Pape n'aura pas recouvré la situation que lui-même juge nécessaire pour le libre exercice de sa souveraineté, il ne saurait reconnaître, formellement et juridiquement, l'état de choses actuel. Et la question romaine restera ouverte, devant l'Italie, et devant le monde.
Mais, d'après les enseignements de la théologie^ une coopération ^' matérielle " au fonctionnement d'un régime né dans l'injustice, peut être légitimée par des raisons d'une suffisante gravité. Elle peut même être commandée par la loi transcendante du bien commun. Ce n'est pas une approbation, mais une mesure de tolérance en vue d'éviter un plus grand mal. Tel est, croyonsnous, le principe qui explique la mitigation toute disciplinaire que les paroles de Benoît XV relatives à la question romaine, laissent prévoir.