Lettre du 28 juillet
LE BOLCHÉVISME 151
les hommes la terrible responsabilité de la paix et de la guerre, écoutez notre prière, écoutez la voix paternelle du Vicaire du juge éternel et suprême à qui vous devrez rendre compte de vos entreprises publiques comme de vos actions privées. Les richesses abondantes que le Dieu créateur a données à vos terres, vous permettent de continuer la lutte. Mais à quel prix ? répondent les millions de jeunes vies qui s'éteignent chaque jour sur les champs de bataille ! Mais à quel prix ? répondent les ruines de tant de villes et de villages, de tant de monuments dus à la piété et au génie des aïeux ! Mais à quel prix ? répondent les larmes ' amères versées dans le secret des foyers domestiques et au pied des autels ! Toutes ces voix ne disent-elles pas que le prix de la prolongation de la lutte est grand, trop grand !
Des hauteurs du Vatican, le Pape voyait s'amonceler les nuages qui portent la tempête.
Sa voix n'a pas été entendue.
La tempête déchaînée par l'obstination des chefs d'Etat, et par le ressentiment des peuples, passe aujourd'hui sur le monde.
Pour bien s'expliquer la genèse des doctrines et des pratiques bolchévistes, il faut regarder au delà de la ligne d'horizon où s'arrête l'œil du vulgaire. Il faut voir, derrière le rideau des phénomènes apparents, le jeu logique des plus redoutables influences.
Ces influences s'échelonnent tout le long de l'histoire.
Le philosophisme des encyclopédistes français, le schisme de Henri VIII, la réforme du moine allemand Luther et, avant lui, de son précurseur, le moine anglais Wiclef, celle plus lointaine du tchèque Jean Huss, et enfin la révolte du byzantin Photius, ont tour à tour battu en brèche le principe fondamental de l'autorité. Là est la racine du mal dont souffre la société contemporaine. Substituez l'homme à Dieu, les enseignements de l'homme aux enseignements de Dieu, la loi de l'homme à la loi de Dieu, les opinions de l'homme aux jugements de Dieu : vous renversez du coup la base même de tout l'ordre social, tant civil que religieux. Vous brisez le frein suprême qui contient, dans ses justes limites, la liberté humaine. Vous semez l'hérésie dans l'Eglise, l'anarchie dans l'Etat.
Les Eglises hérétiques et schismatiques, en se séparant de l'unité romaine, ont perdu la grande force d'autorité spirituelle sur laquelle s'appuie, en dernier ressort, tout organisme ecclésiastique légitime. Elles sont tombées sous la coupe des pouvoirs politiques. Au lieu de guider les princes et les parlements,' ce sont elles qui subissent la loi des souverains. Ne nous étonnons pas de leur impuissance à prévenir les écarts individuels, les désastres sociaux. Elles n'ont pas en elles-mêmes la sève divine, la vigueur des principes surnaturels.
LE BOLCHÉVISME 153
Elles ne sauraient la communiquer, ni aux hommes, ni aux gouvernements.
Les gouvernements que n'éclairent point les lumières de la foi, que ne dirigent point les maximes de la politique chrétienne, sont le jouet de l'erreur, du caprice, de la cupidité. Ils flottent, sans boussole, sur les flots agités d'intérêts qui se heurtent, de convoitises qui se jalousent, de passions qui se combattent. Ils s'en vont aux pires catastrophes.
Là, écrivait Benoît XV ^ au début de l'immense conflit d'où le monde est à peine sorti, là est la cause véritable de la terrible guerre présente.
Ce n'est plus la justice, la bienveillance, la fidélité, toutes ces grandes vertus civiques prescrites par la nature et sanctionnées par Dieu,' qui président au gouvernement des peuples, qui régissent les rapports mutuels du souverain et de ses sujets, des citoyens et des nations. C'est la force, l'égoïsme, la ruse, le mensonge, érigés en règles suprêmes du juste et de l'injuste. Les chefs d'Etat sacrifient la cause du bien à leurs visées personnelles ou à des idées de conquête. Les peuples, de leur côté, supportent avec impatience le joug d'une autorité où ils ne voient ni le refiet d'en haut, ni les marques d'une volonté probe et dévouée.
De là, dans les sphères du pouvoir, des poussées