Antoine, Cours d'économie sociale (Sème édit.), p
Qu'il y ait des socialistes de bonne foi, soucieux d'améliorer le sort des travailleurs, et de transformer les conditions de la société actuelle par des moyens légaux, nous le voulons bien. Ceci prouve deux choses : d'abord, que le système socialiste, depuis le socialisme d'Etat jusqu'au bolchévisme, évolue et se nuance presque à l'infini ; ensuite que l'esprit humain, par un illogisme fait d'ignorance et de peur, ne va pas toujours jusqu'au bout de ses erreurs, et qu'il se méprend souvent sur la portée de ses propres conceptions.
Pour nous, nous avons le devoir de dissiper une illusion dont se couvre, pour notre malheur, le danger des principes faux. Réprouver le bolchévisme et professer le socialisme, nous paraît une contradicticn malfaisante. Ce n'est pas tout de stigmatiser le mal. Il faut rechercher la cause qui l'engendre, et le combattre dans sa source même.
Plusieurs s'imaginent avoir triomphé des entreprises bolchévistes par quelques succès d'élection.
D'autres estiment que la puissance armée d'un gouvernement sûr de lui-même, ferme et fort, offre aux nations les garanties les plus rassurantes contre les perturbateurs de l'ordre et les dévaliseurs de la fortune privée ou de la propriété publique.
LE BOLCHÉVISAIE 163
Ces moyens, certes, ne sont pas vains. Ils peuvent être nécessaires. Ils ne sont pas suffisants. C'est la grande erreur des temps modernes de prétendre isoler, non par simple prétérition, mais par système, Tordre matériel de l'ordre moral et d'établir ainsi sur des bases ruineuses la paix de la cité. Nous n'avons pu lire sans quelque scepticisme les titres ronflants de certains journaux où la dernière consultation électorale de France nous était représentée comme la victoire suprême du bien et le salut définitif du pays.
Hélas ! la laïcité, malgré le beau triomphe du bloc national, reste la loi, la loi souveraine de notre ancienne mère patrie. Clemenceau, Millerand,. Barrés, tous les chefs actuels, ont pris soin de réaffirmer l'intangibilité des lois laïques. Or, la laïcité, c'est l'athéisme, l'indifférence de l'Etat à l'égard des seuls principes qui peuvent régénérer l'âme d'un peuple et appuyer sur de solides fondements l'ordre et la paix.
De graves conjonctures, les dépêches du moins nous l'annoncent, forceront bientôt la France officielle à renouer des relations avec Rome. Ne voiton pas des pouvoirs hérétiques ou infidèles entretenir dans leur intérêt un représentant près du Saint-Siège ? Ce sera, de la part du gouverneoaent français, un pas important dans la bonne voie. Et d'autres suivront, nous voulons le croire. Divers indices présagent un apaisement religieux.
Mais de là au salut véritable de la France, il y a loin. Tant que le laïcisme inspirera sa législation et son enseignement, cette nation si noble, et capable de si grandes choses, nourrira dans son sein le ver rongeur d'où naît la corruption, la décomposition sociale.
Le régime laïque écarte Dieu et la foi. Et en privant la société de cette force supérieure, il l'abandonne au pire destin. Benoît XV le constatait il y a quelques semaines, dans des observations profondément douloureuses : ^
La nécessité de la foi, s'écriait le Pape attristé, est démontrée par l'inanité des efforts de ceux qui ont vainement essayé de nous donner la paix, en faisant abstraction de Dieu.
Et après avoir ainsi marqué la faillite de la Conférence de Versailles, le Vicaire de Jésus-Christ signalait avec angoisse le péril révolutionnaire :
L'esprit d'indépendance a envahi les masses et les pousse à la rébellion. Dieu est devenu un étranger. L'ostracisme de Dieu, l'oubli de toute idée surnaturelle a conduit les individus à l'égoïsme, et la société à la révolution et à l'anarchie.
Dans nombre de pays, le laïcisme domine et commande. Le pouvoir social n'est plus une participation du domaine de Dieu, mais une délé-