Lettre du 1er nov
LE BOLCHÊVISME 167
mer les révoltes. Mais avec quel profit ? La force peut réprimer les corps, non les âmes.
Les âmes, sans autre lumière qu'une raison dévoyée, sans autre règle de conduite qu'une morale affranchie de tout dogme religieux, ne tardent pas à combiner de nouveaux exploits contre la société. Il y a près d'un demi-siècle, Mgr Joachim Pecci (le futur Léon XIII) faisait de la morale laïque et de ses œuvres, une description qu'on dirait écrite pour l'heure actuelle. Nous la citons intégralement : ^
La morale qu'on proclame indépendante de Dieu et de sa loi sainte, pour l'homme aux instincts violents et aux passions impétueuses, ce sera la force faisant tout céder devant ses caprices ; pour l'homme dévoré de cupidité sans frein, ce sera l'art de s'enrichir par tous les moyens ; pour l'égoïste, ce sera l'utile ; pour le libertin, le plaisir. Hélas ! les beaux fruits que fera éclore une telle morale ! Elle produira ces hommes politiques qui sacrifient joyeusement au Dieu-Etat de nombreuses hécatombes de leurs frères, qui projettent des guerres ambitieuses, qui les préparent avec de perfides précautions, qui les excitent chez les peuples voisins, et qui jettent le monde dans l'épouvante, avec leurs innombrables soldats et leurs grandes armées toujours prêtes à opprimer le droit. Cette morale produira encore ces immondes harpies qui dévorent l'épargne du pauvre, la fortune publique, et ruinent les particuliers par des usures et des gains illicites. Cette morale nous donnera ces hommes corrompus, qui ne
1. Lettre pastorale sur V Eglise catholique et le XIXeme siècle (12 fév. 1876).
rêvent d'autre paradis que les jouissances charnelles : qui propagent les doctrines de l'union libre, du mariage temporaire ; qui exilent la sainte image de la pudeur, rompent tous les liens de la famille, et veulent ramener les mœurs à l'état sauvage et à la bestialité ! Voici d'autres fils légitimes de cette morale : ce sont ces hommes, de plus en plus nombreux parmi nous, qui menacent d'immoler des millions de personnes honnêtes, pour faire réussir les sombres entreprises qu'ils projettent ; ces hommes qui rêvent l'incendie, la débauche, le pillage, comme un moyen de régénérer le monde et de le rebâtir à neuf.
Le mot holchévisme n'y est pas. Mais l'œuvre que ce mot désigne est très nettement marquée, et sa genèse, ainsi que celle de la politique utilitaire et impérialiste de notre époque, est mise en parfaite lumière.
On connaît le solide dicton scolastique si souvent employé par saint Thomas : V opération est en proportion de Vêire. L'être politique moderne présente aux regards un organisme très complexe, très nourri, très développé, mais où la tête, privée des directions et des énergies qui viennent d'en haut, est à la merci des éléments et des influences qu'elle a la mission de gouverner. Dès que ces influences se mettent en branle, leur action,libre de tout frein moral, est néfaste.
C'est la désorganisation sociale.
Ni le nombre des votes, ni la mécanique des lois, ni la puissance de la police et de l'armée, ne sauraient suffire à l'enrayer.
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L'unique moyen d'entraver, d'une façon efficace, le mouvement d'anarchie qui menace le monde, c'est de restaurer la société d'après les principes chrétiens. La restauration chrétienne des Etats l'emporte infiniment, par son caractère et par son urgence, sur toutes les œuvres de reconstruction économique. Là est le rempart solide, inexpugnable, contre le péril bolchéviste.
Il s'agit d'abord de rendre à l'Eglise du Christ, et, par elle, à Dieu lui-même, dans la société, la place qui leur est due.
Rien n'est pire, a écrit Léon XIII, ^ rien n'est plus funeste au bien commun que l'idée de vouloir séparer l'Eglise et l'Etat qui doivent ,au contraire, rester étroitement unis.
Ce mal, que le grand Pape redoutait pour l'une des rares puissances demeurées officiellement catholiques, on y applaudit aujourd'hui. On applaudit à l'émiettem.ent de l' Au triche-Hongrie, et à la séparation de l'Eglise et de l'Etat chez les peuples dont se formait cet empire évanoui par suite de la prolongation de la dernière guerre. La France s'est acquis, au point de vue religieux, d'incomparables mérites. Ce fut, pourtant, un de ses torts d'avoir, par une ambition désordonnée.